SOCIETE

ANCIENS TEXTES FRANÇAIS

RECUEIL GÉNÉRAL DES SOTTIES

Le Puy. imprimerie de R. Marchessou, boulevard Carnot, 23.

RECUEIL GÉNÉRAL

DES

SOTTIES

PUBLIE PAR

EMILE PICOT

TOME PREMIER

•M

PARIS

LIBRAIRIE DE FIRMIN DIDOT ET O^

RUE JACOB, 56

M DCCCCII

Publication proposée à la Société le i3 mars 1901. Approuvée par le Conseil dans sa séance du 20 juin suivant, sur le rapport d'une Commission composée de MM. G. Paris, G. Raynaud et A. Thomas.

Commissaire responsable :

M. G. Paris

remplacé, à partir de la feuille 14 du tome I,

par M. A. Thomas.

m/ h

AVANT-PROPOS

L'étude que nous avons publiée dans la Roma- nia en 1878 n'était dans notre pensée qu'une sorte d'introduction à un Recueil général des sotties dont nous avions dès lors conçu le plan. Les ma- tériaux que nous avions réunis ne se sont pas sen- siblement accrus; nous avons eu cependant la bonne fortune de rencontrer quelques pièces nou- velles, une surtout, La Sottie de V Astrologue , qui nous paraît jeter un jour curieux sur le théâtre des écoliers au début du règne de Louis XIL

Au moment de livrer notre travail à l'impri- merie, nous avons plus d'une fois reculé devant les difficultés de l'exécution. Il a fallu, pour nous décider à entreprendre la publication projetée, que Gastoi;! Paris consentît à s'y associer en quelque sorte, en acceptant les délicates fonctions de com- missaire responsable. Malgré son état de santé déjà précaire, il a rempli ces fonctions avec le zèle, avec la sagacité qu'il apportait à toute chose. Nous lui devons, surtout pour notre VIP pièce, de très

II AVANT-PROPOS

précieuses corrections. Quand la mort eut enlevé à la Société des Anciens Textes celui qui en était Tàme, le Recueil des sotties semblait particulière- ment compromis ; notre ami, M. Antoine Tho- mas, est venu à notre secours et, malgré les occu- pations dont il est surchargé, a bien voulu nous prêter le concours de sa critique sans cesse en éveil et de son autorité chaque jour grandissant-e. Qu'il me soit permis de le remercier ici, après avoir rappelé le souvenir de l'incomparable savant, de Tami dévoué, dont nous portons le deuil.

É. P.

INTRODUCTION

Les sots, qui occupent une si grande place dans notre ancien théâtre, tirent évidemment leur ori- gine des réjouissances de carnaval, des fêtes gro- tesques si fort en honneur au moyen âge. Pendant des siècles, la liberté de la parole n'exista que sous le masque de la folie ; mais, sous ce masque, on peut dire qu'elle fut complète : les cérémonies de l'Église purent être impunément parodiées le jour des Innocents; les fous jouirent du privilège de faire entendre la vérité aux rois; enfin la sottie transporta sur la scène la satire dirigée contre les diverses classes de la société. Ce caractère sati- rique, qui permet de considérer la sottie comme un de nos genres dramatiques les plus anciens, est bien défini par Jehan Bouchet dans une de ses Epistres morales. Après avoir parlé de la satire en général, le poète ajoute :

En France elle a de soiie 1-e nom, Parce que sotz des gens de grand renom

IV INTRODUCTION

Et des petits jouent les grands follies,

Sur eschaffaux, en paroUes polies,

Qui est permis par les princes et roys,

A cette fin qu'ils sçachent les derroys

De leur conseil, qu'on ne leur ause dire,

Desquelz ils sont advertis par satire.

Le roy Loys douziesme desiroit

Qu'on les jouast a Paris, et disoit

Que par tels jeux il sçavoit maintes faultes

Qu'on luy celoit par surprinses trop caultes '.

Au point de vue de la forme, la sottie se rattache à ces fatras ou fatrasies dont le moyen âge nous a légué de nombreux exemples '; c'est une série de traits et de mots disparates qui n'ont d'autre liai- son entre eux que la rime. L'extrême diversité des vers qui se suivent, le brusque passage d'une idée à une autre, l'amoncellement des proverbes et des allusions satiriques sont les principaux mérites du genre. La fatrasie donna naissance à deux espèces de sotties : l'une destinée à être récitée dans des concours de rhétorique, l'autre, au contraire, ayant un caractère dramatique.

1 . Epistres morales et familières du Traverseur (Poitiers, 1 545, in-fol.), I, fol. 32 d. Quant à la tolérance attribuée au roi Louis XII, nous en avons la preuve dans plusieurs pièces dramatiques, surtout dans la Sottie de V Astrologue, qui est de 1498 (ci-après, p. igS, n" VII), puis dans la moralité du Nouveau Monde, composée en i5o8, probablement par André de La Vigne (voy. Bull, de la Soc. du Protestantisme français, t. XXXVI, 1887, 182), dans le Monolo- gue du pèlerin passant, écrit par Pierre Tasserye vers 1609 (voy. notre travail sur le Monologue dramatique, inséré dans la Roma- nia, en 1886-1888, article 81), enfin dans la Sotise que nous attri- buons à André de La Vigne (ci-après, n" XII). Cf. Brantôme, éd.Lalanne, t. VII, p. 3 16.

2. Voy. notamment Jubinal, Nouveau Recueil de Contes, Dits, Fabliaux et autres pièces inédites, II, p. 208. Cf. E. Langlois, Recueil d'arts de seconde rhétorique . igoS, p. 192 et passim.

INTRODUCTION V

Sur la première espèce de sotties, nous trouvons quelques détails dans le Doctrinal de la secunde Retorique composé en 1482 par Baudet Herenc '. L'auteur de ce traité nous apprend que de sottes amoureuses se récitaient à Amiens, le premier jour de l'an, dans des fêtes présidées par un « prince «; il ajoute que « tant plus sont de sos mos et diverses et estranges rimes, et mieulx valent ». Les sottes amoureuses paraissent d'ailleurs avoir été connues en dehors d'Amiens, et faisaient probablement par- tie, sous d'autre noms, du programme ordinaire des puys de rhétorique dans les villes de la Picardie et de la Flandre française. Elles se confondaient avec les sottes chansons en usage à Valenciennes, dont Hécart a publié quelques spécimens curieux^.

La seconde espèce de sottie, appelée aussi jeu de pois piles ^, était un poème dramatique; c'était,

1. E. Langlois, Recueil d'arts de seconde rhétorique, p. lyS.

2. Serventois et sottes chansons couronnés à Valenciennes, éd., Paris, 1834, in-8. Il faut reconnaître pourtant que les chansons de Valenciennes n'offrent plus guère de traces de la fatrasie; ce sont simplement des compositions amoureuses.

3. Un des personnages des Contens d'Odet de Tournebu, comé- die écrite vers i58o et imprimée en 1684, s'exprime ainsi : « Mais quel conseil puis-je prendre en ce cas si inespéré?... Si je le mets en justice, un chascun se rira de moy et, qui plus est, on me jouera aux pois pille:{ et à la bazoche (VioUet-le-Duc, Ancien Théâtre françois, t. VII, p. 177) ». Littré cite deux exemples de la même expression, un de Brantôme et un de Malherbe. Brantôme dit dans la vie de M. d'Aussun : « D'autres vivent encore qui se fians [lis. fient] au temps qui consomme et efface toutes choses, et croyent fermement qu'il n'en fut jamais parlé et que cela ne fut jamais, et par ainsi se pavannent et piaffent comme roy des poix pille^ aux jeux et farces de jadis faictz en l'hostel de Bourgoi- gne à Paris » (éd. Lalanne, t. IV, p. 10). Malherbe écrit à Balzac, vers la fin de l'année 1625 : « Je suis marri que je n'en puis avoir

VI INTRODUCTION

en principe, une fatrasie divisée en couplets et récitée en public par des sots ou des badins ; les mêmes règles étaient applicables aux deux compo- sitions.

La fatrasie, détrônée par la sottie, fut à peu près abandonnée au xiv' et au xv® siècle; mais elle repa- rut au xvi" sous le nom de coq-à-lâne. Pour le remarquer en passant, Marot, qui contribua plus que tout autre à mettre à la mode les épîtres « de l'àne au coq » ou « du coq à l'àne », ne fut cepen- dant pas l'inventeur de cette sorte de facétie. Sa première épître à Lyon Jamet est de i534; or on trouve dans les oeuvres d'Eustorg de Beaulieu ' un coq-à-l'âne daté de i53o. Il y a donc lieu de rectifier le passage suivant de Charles Fontaine ou de l'auteur, quel qu'il soit, du Quintil Horatian :

« Coq:i à l'asne sont bien nommez par leur bon parrain Marot, qui nomma le premier, non Coq à l'asne, mais Epistre du coq à Vasne, le nom prins sur le commun pro- verbe françois Saulter du coq à l'asne, et le proverbe, sur les apologues. Lesquelles vulgaritez, à nous propres, tu ignores, pour les avoir desprisées, cherchant aultre part l'ombre, dont tu avois la chair; et puis témérairement tu reprens ce que tu ne sçais. Parquoy, pour leurs propos ne s'ensuyvans, sont bien nommez du coq à l'asne telz énigmes satyrics, et non satyres, car satyre est autre chose ; mais ilz sont saty- rez, non pour la forme de leur facture, mais pour la sen-

meilleure opinion; mais leur voyant tous les jours faire cas de je ne sais quels écrits qui devant les jurés du métier ne passent que pour des pois piles de l'hôtel de Bourgogne, je ne crois pas qu'il y ait chose ni si mauvaise qui ne leur puisse plaire, ni si bonne dont ils n'osent faire les dégoûtés» (éd. Lalarme, t. IV, p. 94).

On trouvera plus loin d'autres exemples de l'expression pois piles.

I. Les divers Rapport^ (Lyon, iSSy, pet. in-8).

INTRODUCTION VII

tence redarguante à la manière des satyres latines, combien que telz propos du coq à l'asne peuvent bien estre adressez à autres argumens que satyricques, comme les Absurda de Erasme, la Farce du Sourd et de V Aveugle et V Ambassade des Conardi de Rouan '. »

Après l'invention du coq-à-1'àne, le mot fatras s'applique spécialement à de petites pièces sur divers sujets, assemblées en recueil, comme on le voit par le volume d'Antoine Du Saix intitulé : Petiti fatras cCung Apprentis, surnommé VEspe- ronnier de discipline ^ ; on ne le trouve plus guère employé avec son sens primitif.

Dans les deux derniers tiers du xvi^ siècle, le coq-à-l'àne, surtout le coq-à-l'âne politique, fut en grand honneur, on en inventa en Normandie une espèce nouvelle, la fricassée. On donna ce nom à de petites pièces composées des premiers vers ou des refrains des chansons en vogue. Nous en trou- vons un spécimen dans la Fleur des Chansons amoureuses'^; mais l'exemple le plus connu est la Fricassée cî^otestillonée (iSSy), dans laquelle les proverbes, les jeux et les formules enfantines se mêlent aux chansons. Ces fricassées nous ramènent au théâtre dont nous nous sommes insensiblement éloigné ; elles paraissent être le point de départ de Comédie des Proverbes {i 633) et de la Comédie des Chansons (1640).

1. Le Qiiintil Horatian sur la Deffence et Illustration de la Langue française, à la suite de VArt poétique français [par Thomas Sibilet] (Lyon, i55i, in-i6), p. 221. Cf. Le Roux de Lincy, Livre des Proverbes français, 2' éd., t. I, p. 173.

2. Paris, Simon de Coiines, iSSy, pet. in-4.

S.jRouen, 1600, pet. in-8, pp. 473-476 de la réimpression.

VIII INTRODUCTION

Nous n'insisterons pas sur les origines littéraires de la sottie. Nous voulons maintenant l'étudier comme œuvre dramatique ; c'est une question beaucoup plus délicate et qui, jusqu'à ces derniers temps, n'avait pas préoccupé les historiens de notre théâtre. On peut, cro3^ons-nous, distinguer deux espèces de sotties. Les unes étaient des pièces satiriques jouées par des basochiens ou par les membres de confréries joyeuses, avec la liberté de langage que permettait le capuchon des fous; les autres, celles qui appartenaient au répertoire des comédiens de profession étaient des parades^ réci- tées avant la représentation pour attirer les specta- teurs : on ne saurait mieux les comparer qu'aux boniments de nos saltimbanques et de nos bate- leurs modernes.

M. Sepet confond la sottie avec la farce quand il y voit un genre de moralité qui s'appliquait « plu- tôt aux travers sociaux qu'aux vices moraux», et quand il prétend qu'on en retrouve des exemples jusque dans le théâtre de Molière, dans les Femmes savantes, dans le Bourgeois gentilhomme et dans Les Précieuses ridicules '■

Le plus souvent les sotties étaient représentées par des comédiens de profession, et c'est alors qu'on peut les comparer à des parades.

M. Petit de Julleville, qui s'est beaucoup occupé de notre ancien théâtre comique, définit la sottie « une farce jouée par des sots » ; mais

I. Voy. Le Drame chrétien au moyen âge (Paris, Didier, 1878, in- 12), pp. 5o-5i. Il est bien vrai que Les Précieuses ridicules sont une farce que l'on peut opposer à la comédie de mœurs, mais elles ne tiennent en rien de la sottie.

INTRODUCTION IX

il croit imprudent de chercher à distinguer la sottie de la farce. « Les limites des deux genres sont trop indécises, dit-il, trop de farces ont pu être jouées par des sots sans être tout à fait des sotties, les sujets traités, les situations mises en scène dans les farces et dans les sotties sont sou- vent trop analogues, pour qu'on puisse séparer les unes et les autres, sans s'exposer à des redites et à des confusions. ' »

Il faut pourtant essayer un classement : M. Petit de JuUeville nous montre lui-même les inconvé- nients de la confusion quand il range dans le théâtre « comique » L'Enfant prodigue, l'As- somption de Nostre Dame, de Jehan Parmentier, Bien Avisé, Mal Avisé, La Maladie de Chrestienté, de Matthieu Malingre, et jusqu'aux moralités mys- tiques de Pierre Du Val ^ ! Les sotties se recon- naissent d'abord à leur titre, puis à leurs person- nages désignés sous les noms de sots, de fous, de galants, de compagnons, de pèlerins, d'ermites; elles se reconnaissent enfin à leur dialogue dans lequel nous trouvons toujours des traces de la fatrasie.

Quand la sottie était jouée par de simples bour- geois, c'était une représentation grotesque qui pouvait aussi bien être donnée dans les rues que sur un théâtre. C'est ainsi que nous voyons le conseil de ville de Douai accorder, en i538, une indemnité aux Doubles Sots de rhétorique « pour

1. La Comédie et les Mœurs en France au moyen âge (1886), pp. 68-73.

2. Répertoire du théâtre comique en France au moyen dge (Paris, Cerf, 1886, gr. in-8).

X INTRODUCTION

avoir Joué ung jeu de personnages avant la ville ' ». Les registres municipaux d'Amiens nous fournis- sent un exemple analogue. A la date du 26 juin i58i, les joueurs de comédie de la paroisse Saint- Jacques sont autorisés à représenter VYstoi7'e de Tobie par personnages, « à la charge qu'ils ne jouront riens de erronné et scandaleux ; que paravant juer, ils communiqueront leurs jeux au bureau, et que le lendemain ny autre jour ilz ne feront aucune cœullette de poix reboiille-{ ne autre- ment, avant ladicte paroisse ny ailleurs ' ».

Les représentations données dans les rues se bornaient naturellement à un dialogue très court; on peut s'en faire une idée en lisant Les Plaisants Devis des supports du seigneur de la Coquille.

Les confréries de sots ne donnaient pas seule- ment des représentations lors des fêtes publiques; elles jouaient même après des cérémonies funèbres, témoin un passage du curieux journal de Poncelet Meusnier, de Troyes : « ib^b. Le i®"" jour d'aoust, en ceste ville, le prince Gombault et ses sots jouèrent la galée ou trespas du prince Mauro}^ 2, [rappelant?] lesdicts autres sots trespassés; et ensuite commencèrent à jouer la sottise '^. »

Pour faire bien comprendre la place réservée à la sottie par les anciens acteurs, il convient tout d'abord de rechercher comment les représentations

1. Arch. munie, de Douai, CC 257, fol. 87.

2. Voy. Magnin dans le Bulletin du Comité de la langue, de l'histoire et des arts de la France, t. IV, p. 99.

3. Il s'agit de Nicolas Mauroy sur lequel on peut consulter Brunet, III, col. 1546.

4. Revue de Champagne et de Brie, t. XIII (1882), p. 437.

INTRODUCTION XI

étaient composées à la tin du xv^ et au commence- ment du xvi^ siècle (nous ne possédons pas de documents suffisants pour entreprendre cette re- cherche pendant la période antérieure). A l'époque qui nous occupe, il faut distinguer les représenta- tions extraordinaires, organisées à des époques indéterminées, par des prêtres ou des bourgeois, qui n'abordaient la scène qu'en simples amateurs, et les représentations régulières données par des comédiens de profession. Les unes, qui se bor- naient ordinairement au jeu d'un mystère, étaient des fêtes municipales, célébrées avec pompe ; les villes tâchaient de se surpasser les unes les autres par le luxe des décors et des costumes, le nombre des personnages et souvent aussi par la longueur du spectacle. Les représentations des comédiens n'exigeaient au contraire que peu de mise en scène ; les acteurs étaient en petit nombre; les costumes et les décors étaient sans doute des plus simples; mais les acteurs avaient pour eux leur pratique de l'art dramatique et, sinon la longueur, du moins la variété du spectacle. Les frères Parfaict ont remar- qué ' que les représentations des En/ans sans soucj'' étaient composées de trois pièces : une sot- tie, une moralité et une farce. Ils en ont donné pour exemples le Jeu du P?^ince des Sot^ de Pierre Gringore et la Moralité de Mundus, Caro, Demo- nia, qui nous est parvenue reliée avec la Farce des deux Savetiers et qui était sans doute précédée d'une sottie. Cette observation des auteurs de

I. Hist. du Théâtre français, t. III, p. io6.

XII INTRODUTION

V Histoire du Théâtre français est très juste ' ; mais nous pensons qu'il y a lieu de la compléter. Les comédiens de profession donnaient des spectacles « coupés » ; l'argument tiré du Jeu du Prince des Soti est concluant, mais il a l'inconvénient de lais- ser dans l'ombre un genre dramatique important : le monologue. Voici un texte qui indique bien net- tement l'ordre dans lequel se succédaient les di- verses parties de la représentation.

On trouve dans le Journal d'un bourgeois de Paris, publié par M. Ludovic Lalanne ", des détails singulièrement curieux sur une aventure arrivée au mois d'avril i5i5 : « En ce temps, dit le bour- geois anonyme, lorsque le roi estoit a Paris, y eut un prestre qui se faisoit appeler mons"" Cruche, grand fatiste, lequel, un peu devant, avec plusieurs autres, avoit joué publiquement a la place Mau- bert, sur eschafaulx, certains jeux et moralitez, c'est assavoir sottje, sermon, moralité et farce; dont la moralité contenoit des seigneurs qui por- toient le drap d'or a credo et emportoient leurs terres sur leurs espaules, avec autres choses mo- rales et bonnes remonstrations. » Nous n'achève-

1. Un historien, Jehan de Roye, rapporte, il est vrai, que, « à l'occasion de la paix d'Arras faS décembre 1482), le cardinal de Bourbon fit faire en son hostel de Bourbon, à Paris, une moult belle moralité, sottie q\. farce » (voy. Petit de Julleville, Répertoire du Théâtre comique, 1886, p. 343); mais, comme en pareille circonstance la moralité devait être la pièce principale, il est vraisemblable que la sottie dut la précéder.

Quant à la farce, elle terminait sûrement la représentation. L'usage subsistait chez nous au XVII' siècle, et il s'est conservé en Angleterre dans les théâtres populaires.

2. Paris, 1854, in-8, p. i3.

INTRODUCTION XIII

rons point l'histoire de maître Cruche '; nous ne voulons emprunter à ce passage que l'énumération des parties du spectacle donné par lui. La sottie n'a d'autre but que d'attirer le public par des quoli- bets; la représentation proprement dite ne com- mence qu'avec le monologue ou le sermon jojeux, dont l'effet doit être de mettre les spectateurs en belle humeur. Vient ensuite le mystère ou la mora- lité^ qui est le morceau de résistance, puis \di farce, qui clôt gaiement le spectacle.

Toutes les représentations, même celle des comé- diens, n'étaient pas organisées d'après ce plan, mais c'était le mode de composition le plus ordinaire. On pouvait bien, comme nous le voyons par la Vie monseigneur S. Fiacre ^ et par le Mirouer et Exemple jnoralle des En/ans ingrat:^ ^, insérer dans un mystère ou dans une moralité une farce absolument étrangère au sujet, mais on n'au- rait pas joué une sottie à la fin de la pièce sérieuse. Quand les sots paraissaient sur la scène pendant le mystère ou la moralité, ce n'était que pour faire des annonces aux spectateurs, comme en font le sot dont le rôle a été ajouté après coup dans le ms. du Mistere de la Passion de Troyes et celui qui figure dans le Mistere de saint Bernard de Menthon, ou pour égayer l'assistance par des facé- ties étrangères à l'action, comme dans le Mistere

1 . Ce prêtre-comédien est cité par Pierre Grognet comme un des plus excellents facteurs de son temps (Montaiglon, Recueil, t. VII, p. lo). On trouve une épître de lui à Robinet de Lucz dans un ms. de la Bibl. nat. (Fr. 2261, fol. 3).

2. Jubinal, Mystères inédits^ t. I, p. 304; Fournier, p. 18.

3. Réimpression de Pontier, à Aix, fol. L 4 è.

XIV

INTRODUCTION

INTRODUCTION XV

de saiucte Barbe en cinq journées, dans La Vie et

Passion de monseigneur sainct Didier, de Guil- laume Flameng, et dans La Vie de sainct Chris-

XVI INTRODUCTION

tofle, d'Antoine Chevalet '. Parfois encore ils se livraient à de simples exercices de clowns, comme dans la Moralité, Mystère et Figure de la Passion de Nostre Seigneur Jésus Christ, de Jehan d'Abun- dance. Dans cette dernière pièce, l'auteur indique cinq intermèdes grotesques : « Icy faut uno. passée de sot, ce temps pendant qu'ilz vont devant Moyse. Icy faut une clause de sot, ce temps pendant que Nature va devers le Prince, etc. »

Les « passées de sot », les exercices de clowns paraissent être restés en honneur pendant le cours du XVII® siècle. Les albums des Menus Plaisirs cons- titués à la fin du règne de Louis XV par M. Papil- lon de La Ferté, et dans lesquels on trouve pêle- mêle des dessins exécutés pour les fêtes de cour depuis le dernier tiers du xvi® siècle, contiennent un grand nombre de scènes acrobatiques exécutées par des sots ou des fous. On en pourra juger par deux dessins que nous empruntons au volume qui a figuré en 1844 à la vente Soleinne et qui appartient aujourd'hui au baron Henri de Roth- schild ^

Un passage de La Reformeresse ^ montre bien que, pour les comédiens de profession, la sottie

1. Dans le Mistere de saint Adrien, représenté vers le milieu du XV' siècle, probablement en Flandre, c'est un paysan {rusti- cus) qui remplit ce rôle épisodique de bouffon. Dans l'Incarna- tion et Nativité de nostre saulveur et rédempteur Jesuchrist, mystère joué à Rouen en 1474, Ludin, « fol pasteur », est chargé d'un rôle de berger, et intervient ainsi dans l'action ; mais dans les mystères les scènes de bergerie sont elles-mêmes des hors- d'œuvre.

2. Voy. Catal. Rothschild, t. II, 1460.

3. Voy. notre XXV.

INTRODUCTION XVII

n'était, en principe, qu'une parade. Le Badin avant chanté quelques paroles un peu libres, la Reforme- resse lui fait compliment de sa chanson :

Et vrayment je vous retiendray : Savés vous bien telle chanson? Y fault publier a plain son Les estas, qu'i nous viennent voir.

La représentation proprement dite n'est pas encore commencée ; on en est aux « bagatelles de la porte », et les joueurs de farces se flattent d'attirer les spectateurs par des plaisanteries fortement épicées.

Nous avons dit que la sottie appartenait surtout au répertoire des comédiens de métier; nous pou- vons faire valoir plusieurs arguments à l'appui de cette assertion. Il est évident que le genre de facé- ties que se permettaient les sots ou badins aurait répugné à la gravité des chanoines, des prêtres ou des bourgeois de distinction, qui figuraient dans les représentations solennelles des mystères ; mais il y a une autre raison, que Ton peut appeler une raison physique. Les sots étaient des clowns, qui accompagnaient leurs dialogues de culbutes ou d'exercices athlétiques. On le voit clairement dans la farce du Bateleur ' le principal personnage apprend à son valet à bien sauter, afin d'obtenir le prix comme badin :

Sus! faictes le sault : hault deboult; Le demy tour, le souple sault,

I. Le Roux de Lincy et Michel, IV, n»69, p. 6; Fournier, p. 32 3.

b

XVIII INTRODUCTION

Le faict, le defaict, sus! J"ey chault, J'ey froid. Est il pas bien appris En efect?Nous avrons le pris De badinage. somme toute.

Nous aurons plus loin l'occasion de citer divers passages de nos sotties qui font, croyons-nous, allusion à ces culbutes. Aussi bien les anciens auteurs de farces jouent-ils fréquemment sur les mots sot et saut '. Jehan Du Pont-Alais lui-même, le plus célèbre acteur du xvi^ siècle -, ne croyait pas indigne de lui d'exécuter des sauts sur la scène. L'auteur anonj^me des Satyres chvestiennes de la cuisine papale -, qui parle plusieurs fois des comé- diens renommés de son temps, le dit en termes formels :

Çà, maistre Jehan Du Pont Alais, Un saut à la mode ionique !

Quand des acteurs exercés, basochiens ou joueurs de farces de profession, représentaient les mys- tères, même les plus graves, ils les faisaient ordi- nairement précéder d'une sottie. A Paris, les con- frères de la Passion s'entendirent avec les sots, qui prêtèrent leur concours aux représentations données à THôpital de la Trinité, puis à l'Hôtel de Flandres et enfin à l'Hôtel de Bourgogne, et

1. Voy. par exemple un passage de la Sottise a huit person- nages, ci-après, XII.

2. Voy. Picot, Pierre Gringore et les Comédiens italiens, p. 25 ; Marot, éd. G. Guififrey, t. III, pp. 2?5, 254.

3. [Genève], Conrad Badius, i56o, in-8, p. 92.

INTRODUCTION XIX

s'installèrent à cet effet, rue Darnétal, dans une maison dite des Sot^ attendans\

Les sots avaient un costume traditionnel dont ils ne paraissent pas s'être écartés. Ils portaient sur la tête un « sac a coquillons », ou « chaperon a fol », muni d'oreilles d'ânes; un pourpoint dé- coupé, des chausses collantes, aux couleurs bario- lées, une marotte complétaient ce costume. M. Ju- binal " a reproduit d'après le célèbre manuscrit de la Bibliothèque Sainte-Geneviève le portrait d'un « stultus stultissimus » dessiné au w" siècle. On en trouve d'autres représentations dans la marque bien connue de « Mère Sotte •' », dans le bois qui orne le titre d'une édition àuDialogue du Fol et du Sage et d'une édition des Menus Propos '^^ etc. Marot dépeint ainsi les sots de la Bazoche dans sa Seconde Epistre de VAsne au Coq ^ :

Attache moy une sonnette

Sur le front d'un moine crotté,

Une oreille a chasque costé

Du capuchon de sa caboche :

Voilà un sot de la Bazoche

Aussi bien painct qu'il est possible.

Il est curieux de constater que vers 1670, le costume traditionnel fut brusquement modifié et que les sots reçurent un habillement emprunté à la mode du temps.

1. Voy. Picot, loc. cit., p. 7.

2. Mystères inédits, t. II.

3. Brunet, t. II, col. 1747.

4. Voy. ci-après, p. 61.

5. Éd. Jannet, t. I, p. 224; éd. GuiftVcy, t. IH, p. 352.

XX

INTRODUCTION

Lorsque les poètes de la Pléiade renouvelèrent le théâtre français, composèrent des tragédies et des comédies imitées des Grecs et des Latins, il semblait que la sottie devait être irrévocablement proscrite; mais les facéties des sots avaient si bien

Sots habillés à la mode de 1670 (environ).

le don d'exciter les rires des spectateurs qu'elles conservèrent leur vogue. Au commencement du xvii« siècle, la Confrérie des Sots était toujours en fonctions au milieu de Paris^ à l'Hôtel de Bour- gogne. Elle avait alors pour « prince » Nicolas Jou- bert, sieur d'Angoulevent, qui eut, en i6o3, une

INTRODUCTION XXI

violente querelle avec un autre comédien, 1' «archi- poète des Pois pillez ' ». Ce n'est pas ici le lieu de faire l'histoire d'Angoulevent, ni de la con- frérie des sots parisiens; notre érudit collègue, M. Emile Roy, nous la donnera sans doute pro- chainement.

En i6i6, la sottie n'avait pas disparu de l'Hôtel de Bourgogne. Une facétie du Pont-Neuf, inti- tulée : Le Réveil du Chat qui dort,pa7- la cognois- sance de la perte du pucelage de la plusparl des chambrières de Paris ^, se termine par un « coq à Tasne », à la fin duquel on lit :

Allons vistement, car je craint [51c] Qu'on nous face quelque vergogne; Desjà, dans l'Hostel de Bourgogne, Les maistres foux sont habillez Pour faire veoir les ]pois pille^.

En 1623, Malherbe parle encore, comme d'une chose courante, des sotties jouées à l'Hôtel de Bourgogne '-.

Les sots parisiens, comme les confrères de la Passion, ne furent dépossédés qu'à la suite du célèbre procès de i632. Dans les provinces, la sot- tie se maintint jusqu'à la même époque, soit sur le théâtre, soit même dans les rues, pendant les fêtes du carnaval. Les Depis des suppost^ du Seigneur de la Coquille, que les imprimeurs lyonnais réci- taient encore dans les carrefours, au commence-

1. Fournier, Variétés histor. etlittér., t . VIII, p. 8i.

2. A Paris, jouxte la coppie imprimée par Pierre Le Roux, 1616, in-8" de 16 pp.

?. Voy. le passage cité ci-dessus, p. v, en note.

XXII INTRODUCTION

ment du xvii' siècle, les dialogues facétieux que débitaient les soldats de VInfanterie dijonnoise, par exemple le Réveil de Bon Temps, composé en 1623, sont de véritables sotties.

On a vu ci-dessus la reproduction de trois des- sins, choisis entre un très grand nombre de pièces du même genre, qui nous montrent des exercices de sots exécutés sous le règne de Louis XIV.

La sottie est un genre dramatique tout français, et qui paraît n'avoir eu que peu d'influence sur les théâtres étrangers. Son nom même [sotternié) a passé dans la littérature néerlandaise ; mais, au lieu de désigner une parade précédant la représentation», il s'applique à une farce jouée à la fin du spectacle. Ce point, déjà évident pour tous ceux qui connais- saient les sotteniien publiées par Hoffmann von Fallersleben ' et réimprimées par Van Vloten ' et parMoltzer -\ a été mis en lumière par M. Stecher'\

Le sens de « farce » donné par les Néerlandais au mot sotternié paraît avoir influé sur la significa- tion du mot sottie dans la Flandre française elle- même. M. Stecher en cite un exemple curieux dans une relation écrite au xvi*^ siècle par un auteur artésien : « Près de Tolède, au premier mav », ra-

1. Horae belgicae ; Pars sexta; Altniederlaendische Schaii- bilhne ; Breslau, i838, in-S".

2. Het nederlandsche Khichtspel van de vecvtiende tôt de achttiende eemv ; Haarlem, 1854, pet. in-8".

3. De middelnederlandsche dramatiscite Poésie : Groningcn, 1875, in-8«.

4. La Sottie française et la Sotternié flamande; Bruxelles, 1877, in-8°, extr. des Bulletins de V Académie royale de Belgique, 2* sér., t. XLHI. n" 4.

INTRODUCTION XXIII

conte dom Jean Sarrazin, abbé de Saint-Vaast, « nos voyageurs prirent plaisir à une solde com- mune à beaucoup d'autres lieux. Ayant accoustré quelques filles richement pour en faire des juaj'as, qu'ils appellent, lesquelles tirent par les rues une longue traînée d'autres filles, à la façon des reignes que Ton contrefaict aultre part '... ».

M. Stecher a cru trouver ailleurs que dans la sotternie l'équivalent de la sottie française. « On le rencontre, dit-il, dans une des catégories des programmes [Charte de?' Rethorijcken) du célèbre « lantjuweel » et « haechspel », qui coûta tant de florins à la ville d'Anvers en i56i. Ce qui y cor- respond à un jeu de sots se nomme /ac//e ou sotte factie. »

Le « facteur » est le nom donné au poète attitré des chambres de rhétorique, et ce mot est souvent employé dans nos auteurs du xv= siècle et du com- mencement du xvi« pour désigner un poète en géné- ral ^; une « factie » doit donc être une œuvre poé- tique quelconque. M. Stecher pense que, pour arriver au sens de « sottie, le néerlandais/ac^/e a subir l'influence du français « farce ». Il y aurait eu ainsi dans la Flandre flamingante une interversion du sens spécial attribué aux deux expressions par les Français. Nous avouons que cette hypothèse nous paraît inutile. On à\sd.ix factie par abréviation pour sotte factie; les deux mots se trouvent réunis dans le paragraphe du programme il estrecom-

1. Pièces inédites publiées par l'Académie d'Arras, p. 256.

2. Cf., par exemple, la Louange des plus excellents fac- teurs de ce temps de P. Crognet, ap. Montaiglon, Recueil, t. VII, p. 5.

XXIV INTRODUCTION

mandé aux sots de n'employer que des paroles décentes '.

M. Stecher cite à l'appui de sa thèse YAhen- Factie (Sottie des Elfes), représentée au concours d'Anvers par la chambre de rhétorique de Bois-le- Duc". Cette pièce, qui ne compte que i86 vers, ressemble fort à une sottie; mais nous devons dire que presque toutes les factien contenues dans le recueil de Silvius sont des farces, ayant la forme d'une moralité facétieuse, et non celle de la sottie. De plus \a. factie terminait la représentation au lieu de la commencer. On voit par le programme des fêtes d'Anvers que les pièces jouées par les cham- bres de rhétorique se succédaient dans Tordre sui- vant : prologhe, esbatement, spel van simien (mora- lité), factie. Cette dernière composition, à la suite de laquelle les acteurs faisaient entendre une « sotte chanson » {factie liedeken), correspondait, en réalité, à la. sotteîviie, ou, plutôt, sotte factie et sotternie étaient deux expressions synonymes. Si \ Alveii-Factie se rapproche d'une sottie française, cette ressemblance, à notre avis du moins, n'est pas due aux r'.gles du genre, mais à un caprice des rhétoriciens de Bois-le-Duc.

2. Spelen van sinne vol scoone moralisacien... ghespeelt. . . binnen der Stadt van Antwerpen (Antwerpen, Willem Silvius, i562, in-4), I. fol. B f è.

2. Spelen van sinne, i562, I, fol. Xiiij. Les personnages sont : Den Patroon vanden Alven, Alvinne, Peerken van Mal, Macs van Keyendael, Heyn van Sotteghem, Groote Laudate, Lijs Room- closse, Jonckvrou Dante, Vrou Schieloose. Les noms grotesques des sots sont analogues à ceux qui figurent dans la sottie de Gringore (n" X).

INTRODUCTION XXV

La fête des fous fut célébrée en Angleterre, comme en France, pendant tout le moyen âge; elle ne fut même interdite que sous le règne de Henri VII'. Les fous pénétrèrent sur le théâtre anglais, soit pour y remplir le rôle de héraut ou prologueur ^ soit pour y personnifier les vices •". Lorsque les auteurs de la fin du xvp siècle essayèrent d'écrire des comédies régulières, ils lais- sèrent encore une large place aux improvisations des clowns ^; mais, malgré le goût du public pour les intermèdes bouffons, nous ne connaissons en Angleterre aucune pièce qui puisse être rappro- chée de la sottie.

Le nom de sotelty fut cependant appliqué à cer- tains divertissements donnés par des ménestrels dans les maisons particulières. Les corporations de Coventry, par exemple, se réunissaient dans des banquets que des chanteurs ou des acteurs ambu- lants venaient égayer par des sotelties. Un compte de l'année ibib, cité par M. Sharp ^ nous fournit à cet égard de précieuses indications :

ItemTp^yQÔi ïorÛiQ sotelty on Candelmase daye vj s. viijd.

1. W. Hone, Ancient Mysteries described ; London, 1823, in-8, p. 199.

2 . Hone, loc. cit.

3. Collier, History of English Dramatic Poetry; London, i83i, in-8, II, p. 268; Edélestand du Méril, Origines latines du théâtre moderne; Paris, 1849, i""^» P-72; Ward,History of English Dra- matic \ London, 1875, in-8, I, p. 60.

4. Ward, I, 269.

5. A Dissertation on the Pageants or Dramatic Mysteries an- ciently performed at Coventry (Coventry, i835, in-4), p. 217.

XXVI INTRODUCTION

Item payd for siittelty ij s , v d .

Item payd to the players iii s. iiij d.

Item payd for payntyng the sotelte xij d.

La sotelty paraît n'avoir été qu'une simple farce, comme la sotternie néerlandaise. Quant au mot sotie, on ne le rencontre dans les anciens auteurs anglais qu'avec le sens de « folie », en général. Halliwell ' en cite deux exemples tirés de Gower.

En Allemagne, on trouve des jeux de fous [nar- renspiele) qui, au premier abord, éveillent l'idée de nos sotties '; un examen plus minutieux ne permet pourtant pas le rapprochement. Les narrenspiele, comme les fastuachtspiele en général, étaient joués par des acteurs grossiers, qui parcouraient les rues à la fin du carnaval. Ces comédiens improvisés entraient dans une maison, se rangeaient en demi- cercle dans la salle de famille, puis chacun d'eux récitait un couplet, et la troupe allait chercher for- tune ailleurs -\ Les fous de Nuremberg portaient bien, comme les sots parisiens, des oreilles d'àne et des bonnets grotesques ''^j mais leurs représenta- tions avaient un caractère absolument différent : il y a loin des couplets diffus chacun d'eux raconte ses folies au dialogue vif et animé de nos sotties. L'influence exercée par les pièces françaises sur le théâtre allemand se manifeste beaucoup plus tôt par les rôles de fous, intercalés dans les moralités et dans les mystères, ou comme personnages épiso-

1. Dict. of Archaic and Provincial Words, vol. II, p. 776,

2. Voy. notamment Keller, Fastnachtspiele, pp. 258, 283, 1008.

3. Keller, p. 148 1.

4. Keller, p. 258.

INTRODUCTION XXVII

diques, ou comme prologueurs. En réalité, Ton ne peut citer qu'un petit nombre d'exemples de ces rôles de fous dans les pièces les plus anciennes ; mais, en Allemagne comme en France, il semble qu'on se soit dispensé de les écrire et que Tacteur ait eu la faculté d'improviser à sa guise.

Le début d'une pièce politique attribuée à Pam- philus Gengenbach prouve qu'en i545 ou 1546 les sots ouvraient ordinairement le spectacle :

Selten ein spil wirt gfangen an Das nit auch musz ein narren han, So ist es auch in diesem spil '. . .

Une pièce composée en Suisse entre i53o et iSyo, le Miles christianus, qui fait partie d'un recueil manuscrit de la bibliothèque de Berne, contient à ce sujet un passage également curieux :

Wenn kein narr har khommen war, Wurd der platz halb syn bliben lar '.

Dans une autre pièce qui se trouve dans le même recueil, et qui est également intitulée Miles chris- tianus, on lit encore :

Es ist ein sprùchwort ail gemein Das kein spil jenen sig so klein In dem nitt ein narr mùsze syn; Da hab ich mich ergàben dryn Das ich in dem geystlichen spil Des narrs person vertreten wil. Ich bin sonst gar ein witzig man '...

1. Pamphiliis Gengenbach, hrsgg. von Karl Goedeke (Hanno- ver, i85G, în-8), p. 292.

2. Mone, Schauspiele des Mitielaltcrs, H. p. 413. 3.1bid.

XXVIII INTRODUCTION

Les rôles grotesques, que Hans Sachs avait intro- duits déjà dans un certain nombre de ses pièces, ne reçurent une forme tout à fait régulière que dans celles du duc de Brunsvic Henri-Jules et de Jacques Ayrer.

Il est curieux qu'en dehors de la France, les fous ou les sots semblent n'avoir été des personnages vraiment populaires que dans les théâtres du nord de l'Europe. Les facéties des bouffons allemands se retrouvent dans les pièces de Hieronymus Justi, autrement dit Hieronymus Justesen Ranch, qui, le premier en Danemark, donna aux fous des rôles écrits, dont il ne dédaigna pas de se charger lui- même '. Au-delà même de l'Allemagne, les quel- ques mystères bohèmes qui nous sont parvenus présentent des parties comiques qui les rappro- chent singulièrement de nos anciennes produc- tions dramatiques. Le célèbre fragment connu sous le titre de Mastickdr (le Vendeur de parfums), que certains auteurs prétendent appartenir au xiii' siècle ^ mêle à un sujet d'édification les facé- ties les plus grossières. Il est probable que le public auquel s'adressaient de semblables jo3'eu- setés se plaisait à entendre les discours forte- ment épicés des fous; mais c'est là, nous l'avouons,

1. Voy. Hieronymus Justesen Ranch's danske Skiiespil og Fuglevise, udgivne ved S. Birket Smith (Kjôbenhavn, 1877, pet. in-4), introd., pp. xiij, xxxij. Birket Smith avait promis une étude spéciale sur les diables et les fous dans le théâtre danois, étude dont la première partie seule a paru dans les Danske Sam- linger, II. Raekke, III, 1874, p. 219.

2. Voy. Hanka, Starobyla Skaladanie (w Praze, 182?, in-8), p. 198; Nebesky, Casopis èeského Muséum, 1847, IjP- 325, etc.

INTRODUCTION XXIX

une simple conjecture. Les rares monuments du théâtre tchèque qui, après la terrible guerre de trente ans, ont échappé à la poursuite des jésuites, ne nous en fournissent pas la preuve. Enfin, les plus anciennes pièces polonaises mettent en scène un bouffon, le klecha, qui n'est pas sans analogie avec le sot ou le fou des pays voisins '.

Les fous n'obtinrent pas la même faveur dans l'Europe méridionale. Les mj'^stères provençaux que nous possédons n'en offrent pas de trace, et M. D'Ancona ' n'en trouve pas non plus dans l'an- cien théâtre italien. Dans les sac7'e rappresen- ta'{ioni ce sont toujours des anges qui font les annonces aux spectateurs; on n'y rencontre, à notre connaissance du moins, aucun rôle de sot. A part Alione, qui a fait précéder une de ses farces d'un long sermon débité par un sot ou bouffon 3, il faut descendre, pour trouver des bouffons, jusqu'à la commedia delF arte '^. En Espagne, le bobo, ou badin, est un personnage obligé des pre- miers autos; mais nous ne voyons à citer, dans l'ordre d'idées qui nous occupe, que les œuvres de Torres Naharro. Cet auteur semble avoir connu la

i.Wôjcicki, Teatr staro\ytny w Polsce 'Warszawa, 1841, in-8), I, F.93.

2. Origini del Teatro in Italia, secunàa edizione ; Firenze, 1891, 2 vol. in-8.

3. Commedia e Farse carnovalesche 7iei dialetti astigiano, milatiese e fvancese, misti con latino barbaro, composte sul fine del secolo xv da Gio. Giorgio Alione (Milano, Daelli, i865, in-i6), p. 289. Alione, qui copie toujours le théâtre français, débute par un triolet.

4. M. D'Ancona [Origini, t. II, p. 206) relève pourtant en Italie des traces de la fête des fous.

XXX INTRODUCTION

sottie française et s'être proposé de l'imiter dans les introitos dont il a fait précéder chacune de ses pièces. Les Introitos n'ont aucun rapport avec le drame auquel ils servent de prologue; ce sont des scènes burlesques dans lesquelles un acteur co- mique recommande la pièce à l'attention des spec- tateurs, au milieu de pointes et de facéties de tout genre. A ce point de vue, ils tiennent le milieu entre les sotties et les monologues '.

Comme preuve des emprunts faits par Torres Naharro aux poètes dramatiques français, on peut citer le nom de Jornada (journée) qu'il donna aux actes de ses pièces; il adopta le mot, tout en lui attribuant un sens nouveau '.

Les sotties qui nous ont été conservées sont en assez petit nombre, et il ne pouvait en être autre- ment. Ces pièces devaient être en grande partie improvisées. Les « fatistes » donnaient beaucoup plus de soins aux mj-stères et aux moralités qu'à ces œuvres éphémères qui le plus souvent ne devaient offrir qu'un intérêt de circonstance. Tou- tefois les pièces que nous possédons suffisent pour nous donner une idée précise de cette espèce de composition. Nous nous sommes efforcé de les clas- ser par ordre chronologique, en relevant les allu- sions historiques qu'elles contiennent, ou, lorsque nous n'y avons vu aucune allusion, en leur don-

1 . Voy. Schack, Gescliichte der dramatischen Literatur und Kunst in Spanien (2. Ausg., Franckfurt am Main, 1854, in-8), I, p. 184.

2. Cf. Wolf, Studien :{ur Geschichte der spanischen und por- tugiesischen NationalUteratur (Berlin, i85o, in-8°), p. bob.

INTRODUCTION XXXI

nant par analogie une date approximative. Nous avons également indiqué la ville dans laquelle nous cro3'ons que chaque pièce a été jouée.

La partie la plus ardue de notre tâche a été d'élu- cider les faits auxquels les auteurs des sotties font allusion. Dans beaucoup de cas nous avons été arrêté par des énigmes indéchiffrables. Il est même possible que tel passage qui nous paraît clair offre une allusion que les initiés seuls pou- vaient saisir.

Nous avons revu les textes avec le plus grand soin sur les originaux; mais ces originaux sont presque toujours très fautifs ; beaucoup de pas- sages sont corrompus au point de défier toute res- titution. Il y a un vaste champ dans lequel pourra s'exercer la critique du lecteur.

FRAGMENT D'UNE SOTTIE

A TROIS PERSONNAGES

Vers 1420.

Le fragment que nous publions ci-après se lit sur la couverture d'un manuscrit qui fait partie de la collec- tion Libri récemment acquise du comte d'Ashburnham par le gouvernement italien. Il nous paraît remonter au commencement du xv^ siècle. Une allusion aux bûchers allumés pour les Vaudois (v, 5) pourrait faire croire que la pièce est plus ancienne, car, après la ter- rible persécution dont les hérétiques du Dauphiné furent victimes en i38o, ils purent respirer à peu près librement pendant un siècle ; mais un autre passage (v. 60) se rapporte selon toute vraisemblance à la lutte des Armagnacs et des Bourguignons (1410-1435). L'au- teur était probablement un méridional, vivant à Beau- caire ou aux environs, comme donne lieu de le penser un fragment d'inventaire transcrit sur la même feuille de vélin. Des formes provençales telles que pilha et vilha (v. 39-41) peuvent bien n'être imputables qu'à un

2 I. FRAGMENT D UNE SOTTIE

copiste maladroit ; mais la mention du pont Saint- Esprit (v. 62) s'expliquerait mal dans la bouche d'un homme du nord. Le volume contient une ballade com- posée par Jayme Oliou, puis une moralité et diverses chansons recueillies, sinon composées, par le même personnage. Bien que notre sottie soit écrite d'une autre main, il n'y a pas de raison sérieuse pour lui at- tribuer une autre origine qu'aux pièces réunies dans le volume.

Le I®'" f. du manuscrit, qui a été lacéré, contient au un grossier dessin représentant un sot ou un fou. Oliou y a Joint le nom de « Jaquemart, bon compa- gnon », sous lequel il était peut-être connu comme joueur de farces. Au-dessous est sa signature latine : Olivi Jacobus (voy. la reproduction ci-contre).

Nous ne pouvons rien dire du plan général de la sottie ; le morceau qui nous en a été conservé nous montre seulement un personnage (le premier sot) aux prises avec deux autres acteurs (le second et le tiers) qui lui demandent l'aumône. Chacun des deux men- diants fait valoir les infirmités, le dénuement, les voya- ges, qui doivent lui permettre d'implorer la charité publique ; mais, chaque fois, le premier badin écarte la prière du mendiant par quelque réponse plaisante. Ces réponses sont tout à fait analogues à celles que fait le roi d'Angleterre au jongleur d'Ely dans une des rédac- tions de La Riote du Monde \ M. Gaston Paris a bien voulu attirer notre attention sur le rapport qui existe entre les deux compositions.

I. Zeitschrift fur romanische Philologie^ VIII (1884), p. 275. Cf. XXIV (igoo), pp. 117-120.

A TROIS PERSONNAGES

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Bibliothèque Lauivnlienne, ras. II()-I4.!S, foi. i r».

4 I- FRAGMENT D UNE SOTTIE

Ce qui donne à notre fragment quelque intérêt, c'est l'origine que nous croyons pouvoir lui attribuer. M, Paul Meyer a déjà fait remarquer ', en commentant les documents découverts par M. Mireur dans les archives de Draguignan, que l'on donnait dans cette ville, au xvi'= siècle, des représentations en langue fran- çaise. Notre sottie prouverait qu'il en était ainsi, au commencement du siècle précédent, sur le bas Rhône.

BIBLIOGRAPHIE

Biblioth. Laurentienne à Florence, Codici Ashburn- hamiani, 1 16-148, fol. 38 (xve siècle).

Ce manuscrit est un recueil formé par un nommé Jayme Oliou ou Jacobus Olivi, qui paraît avoir été de Beaucaire. Le volume, écrit sur papier et actuellement composé de 38 feuillets, contient les pièces suivantes : Fragment de chanson : Puisque [de] chanter suis requis... (fol. i). Balade faite par mesdisans que les paroles ont nuysans : Faulces lengues et faulx report || Sans desport... pièce com- posée par Jayme Oliou (fol. 2). Moralité a vij [lis. viij] personnaiges, c'est asçavoir : Le Messatgier, Argent, Bon Advis, L'Omme, Fort Despenseur, Terre, Bien et Mal, pièce composée pour être jouée devant le roi et la cour (fol. 2, vo-34). 40 Hymnes latines pour la Nativité et la fête de saint Etienne ; noëls français (fol. 35-36). Frag- ment de sottie (fol, 38).

Les fragments de chanson et les fragments de sottie se trouvent sur la couverture du volume; ils sont d'une autre main que le reste du recueil. Au verso du premier feuillet est un extrait d'un inventaire écrit à Beaucaire au xiv« siècle.

Nous devons la copie de notre pièce à l'extrême obli- geance de M. Salomon Morpurgo, actuellement directeur de la Bibliothèque Marcienne à Venise; M. Paul Meyer a bien voulu nous aider à la revoir sur une photographie.

i. Revue des Sociétés savantes, VI« série, 111,445.

A TROIS PERSONNAGES

[SOTTIE A TROIS PERSONNAGES]

[Le Premier], [Le Secont], [Le Tiers].

Fol 38 . Le Premier.

Quar vous estes trop de loisir, Et ne vous faites que grater.

Le Secont,

Ou povre que plus de jors trois Brûla ses biens et son repère!

Le Premier.

Il n'estoit sorsiés ne Valdois, Ou bien estoit de Heur afere ? '

Le Secont.

Foc que je does a Nostre Dame, Je antens la ung autre coquin.

Le manuscrit ne désigne les personnages que par des initiales : Le P., Le S., Le T. 6 En (ce mot paraît avoir été raturé) vous biens estoint de Heur afere. 7-8 Ces deux vers ont été rajoutés après coup par le copiste. 7 Te toix foe.

I. Le second sot sollicite l'aumône en se plaignant d'avoir été brûlé; le premier lui répond en lui demandant s'il a été brûlé comme sorcier ou comme Vaudois.

I. FRAGMENT D UNE SOTTIE

Le Tiers,

Scenours, an Toneur Nostre Dame,

Ung noseau de pain, ou du vin! lo

Le Secont.

Voes tu quel desduit ? Coquins ont le bruit.

Clament anbo : Vive coquinage !

Le Premier,

Se que plus vous nuit

Est que sont anuit i5

Cochons sens plomage '.

Le Secont.

Di[s] tu, vantre bieu, A bel ostel Dieu? Je hi dors bel et bien.

Le Premier.

20

C'est ung moult freg lieu; Je ne l'ame rien.

Le Tiers.

[Sire], ung pou de vostre relieuf,

9-10 Ces deux vers, qui font suite à Vaddition, sont placés au bas de la page du manuscrit, mais un signe de renvoi indique qu'ils doivent être ici. 10 vng noseau de pan ho de vin 12 Comme il n'y a pas de blanc dans le matuiscrit entre les v. 8 et 11, le nom du personnage n'a pas été répété. i3 viue viue coqui- naille i5 et quart tout anui 20 // m. un vers rimant en ien.

I . Ce passage pourrait signifier : C'est le métier de coquin qui vous nuit le plus ; aujourd'hui les cochons sont sans plumage (sont échaudés ?).

A TROIS PERSONNAGES 7

Ou nom de la Vierge honnoree!

Le Secont. C'est ung qui ha [blecié] le chief ; 25

Il porte la teste liée.

Le Tiers. A Tonneur monseignor sainct Fiacre, Faites moy quelque cherité.

Le Secont.

Mes cuides tu de ce poacre '

Qu'i scet son benedicite ? 3o

Le Tiers. A ung qui vient delà la mer, Tout fin droit de Jherusalam!

Le Secont.

Oncques ne de charmer

Quelque vin cleret de cet an.

Le Tiers. Pour Dieu avisés ma personne, 35

Et panrés vouloir de bien fere.

Le Premier. Vostre personne est belle et bonne ; L'on ne vous dit pas le contrere.

fol. 38 b Le Secont.

l'on finance

Que ja n'avoient ne croix ne pilha. 40

24 verges. 5o qui scet tresbien 33 oncques ne mainte (?) 37 bonne et belle 38 Ion ne vous an di 39 II pouvait y avoir ici un vers tel que celui-ci :

A gens ne donra l'on finance.

I. Comme le mendiant se recommande de Saint Fiacre, qui guérissait les ulcères, son camarade le traite de pouacre (lat.fO- da^rum), c'est-à-dire de rogneux.

I. FRAGMENT D UNE SOTTIE

Le Premier.

Voysent engager leur chevance A quelque gros borgois de villa.

Le Secont.

Ou povre clerc que vient de Rome, Que a perdu cent escuz rouges!

Le Premier.

Je n'en donrois pas une pome : 45

Hussiés les [vous] mis en vous bouges '.

Le Secont.

Ou povre clerc tout destrossé!

Que Dieu vous mete en bonne stole '.

Le Premier.

Se argent avez desborssé,

Aies vous en tenir Tescole ^ 5o

Le Secont.

Ou povre que vient de Saint Jaque ! Je vous di, sire, de Galisse.

41 angatger leur cheuances 44 sent escuz toulx roges 45 ie ne vous en dorroie 46 Au-dessous de ce vers, près dit nom du personnage, on lit le mot Modus ajouté par une autre main 47 tout est suppléé 49 se vostre argent 5o aies tenir les scoles.

1. C'est-à-dire : « vous ausiez les mettre ».

2. Cette expression ecclésiastique, convenable dans la bouche du pauvre clerc détroussé, signifie sans doute « en bonne garde ». Du Cange cite l'expression sub stola, qui a parfois ce sens.

3. C'est-à-dire : un clerc qui a perdu son argent a la ressource d'ouvrir une école.

A TROIS PERSONNAGES 9

Le Premier. Avés vous change d'une plaque ' ? Je n'ay monnoie plus propisse.

Le Secont.

Ou povre compaignon passant 55

Qui n'a point d'argent, sans desbatre !

Le Premier.

On l'a destrossé maintenant En la forés de Sis et Quatre \

Le Secont.

Ou povre que a esté dis ans

Antre les mains de Saresins! 60

Le Premier.

En Bourgongne tenir les rans, Ou espians sus les chemins.

Le Secont.

Donnés ou Pont Sainct Esperit, Toumonne est bien mise ^

53 le change dune plaça 54 ie non ay 58 fores 61 ou an bourgongne 62 ou en espians 63 donnes ou pont saint sperit 64 Le commencement du vers est illisible.

1. La plaque dont parle Villon (Gra«f Testament, str. XCI), était une petite monnaie flamande, appelée aussi gros, dont le poids était de 68 ou 69 grains. D'après un acte du roi d'Angle- terre Henri publié à Paris le 20 novembre 1426, la valeur de la plaque était fixée à 4 grands blancs. Voy. Du Gange, Plaça.

2. C'est-à-dire : on lui a pris son argent au jeu de dés.

3. Le fameux pont Saint-Esprit, qui a donné son nom à la ville de Saint-Saturnin-du-Pont, fut commencé en 1265 et terminé seulement vers la fin de 1309. Les dépenses furent couvertes à l'aide des quêtes autorisées par les rois de France et par les papes. Quand le pont fut achevé on continua de recueillir des aumônes pour l'entretenir et pour subvenir aux besoins de l'hôpital

10 I. FRAGMENT DUNE SOTTIE

Le Premier.

Brief, vous devriés estre estordit; 65

Car point ne portés de chemise.

Le Secont.

Ou povre que a maul saint Anthoine '! Que Dieu si vous en veulhie rendre !

Le Premier,

Mes vos puisse serer les voynnes!

Et nous en veulhe Dieu défendre ! 70

Le Secont.

Ou povre malade !

Que de maint je suis a l'autre.

66 Car est suppléé. 67 le maul 71 Ce vers est incomplet dans le manuscrit.

dont Philippe le Bel avait autorisé la construction en i3io. A ces ressources s'ajouta un droit de cinq deniers tournois, ou d'un petit blanc, établi sur le sel qui remontait le Rhône. Voy. Dom Devic et Dom Vaissète, Histoire de Languedoc, III, 5o6 ; nouvelle édition, VI, 890.

I. Le mal saint Antoine, c'est l'érysipèle.

II

FARCE JOYEUSE

A CINQ. PERSONNAGES

C'est a sçavoir : Troys Galans, le Monde qu'on

FAICT PAISTRE ET OrDRE.

[Rouen, vers 1445 ?]

La date que nous assignons à cette pièce n'est qu'approximative. Malgré quelques rajeunissements qui sont le fait du copiste, la langue est celle du milieu du xv^ siècle. Certaines formes normandes, par exemple on avec le sens de « nous », prouvent que l'auteur appartenait à la Normandie, ont, du reste, été recueillies toutes les pièces du célèbre manuscrit auquel le duc de La Vallière a laissé son nom.

L'obscurité calculée des allusions, l'absence presque complète d'indications relatives aux jeux de scène, des suppressions et des erreurs dues à des copies succes- sives ne nous permettent qu'imparfaitement de péné- trer l'intérêt du drame. L'auteur a essayé de mettre en action trois métaphores : l'un des galants veut faire du Monde une bête ; le second veut l'aveugler

Et luy faire entendre que noir Sera blanc;

12 II. FARCE JOYEUSE

le troisième veut le faire paître. Ils tâchent d'exécuter ce beau projet dès que le Monde entre en scène ; mais celui-ci est sur ses gardes : il échappe à tous les pièges qu'on lui tend. Les galants, qui n'ont ni sou ni maille, essaient de le flatter et cherchent, par de belles paroles, à lui enlever son argent, son pourpoint, sa toque : vains efforts ; ils n'auront rien.

Ordre accourt au bruit de la dispute; il ne peut réussir à concilier les parties. Il y a longtemps que le Monde le connaît ; mais les galants ne le connaissent pas. Ils vivront donc sans Ordre, et le Monde se con- tente de leur donner « trois vins » de noix comme à des « SOS radotes » .

Cette pièce a être composée par des basochiens ; ce qui nous le fait croire, c'est l'expression « chevalier en loix » (v. 27), et surtout le passage le Monde dit des galants : « Hz sont clercs », et l'un d'eux répond : « Venans de Testude » (v. 170). Les clercs de la basoche ne se refusaient guère les allusions malignes et ne craignaient pas de nommer directement les gens. Il est probable que notre sottie contient plusieurs jeux de mots sur des noms propres ' ; mais nous n'avons pu les indiquer avec certitude ; encore moins avons-nous réussi à retrouver la trace des clercs ou des procureurs qui pouvaient égayer une basoche normande au xv« siècle ^.

Un mot que prononce le Monde, au moment arrive Ordre, prêtait peut-être à un double sens. Ordre lui demande qui sont les trois galants, et il répond :

Ce sont trois povres engelés, Qui me veulent menger toult cru.

1. \'oy. V. 37 et 98.

2. C'est ainsi que nous n'avons pu découvrir le Raoul Flatart dont il est question au v. 3o3.

des galans et du monde l3

Ordre.

Monde, s'on leur a rien acreu,

Qu'on les paye afin qu'i s'en voiscnt (v. 365).

Le mot engelés ne signifie que « gelés, transis, en- gourdis » ; cependant il pouvait sonner à peu près comme « anglois » ', et, si les Anglais étaient encore en Normandie, on comprend le conseil que donne Ordre de les payer pour qu'ils s'en aillent.

Nous avons dit que notre texte offrait des lacunes ou des transpositions. Voici une observation qui le prouve. Au début de la pièce c'est le premier galant qui se vante de faire du Monde une bête (v. 72), et c'est le troisième qui cherche à exécuter ce projet (v. 379). Le second galant veut aveugler le Monde (v. 74), et c'est le troisième qui agit à sa place (v. 174-178). Même con- fusion se produit à propos du Monde qu'on veut faire paître. C'est le premier galant (ce devrait être le troi- sième) qui émet l'idée (v. 78-81), et c'est le second qui l'exécute (v. 214). Il est clair que des couplets ont été omis ou que, tout au moins, les noms des personnages se sont trouvés brouillés.

Bibliographie :

a. Biblioth, nat., ms. fr. 24341 (ancien La Val- lière, 61), fol. i23 b i32 b.

Ce manuscrit, composé de 4i3 feuillets sur papier, a été écrit en Normandie vers i5j5. Il contient 74 pièces drama- tiques et une Remonstrance a une conipagny[é] de paroisse de venir voir faire farces on moralités. Toutes ces pièces sont anonymes, sauf une : Le Monologue du pèlerin pas- sant, par Pierre Tasserye (fol. 336 a-339 a). Parmi les pièces anonymes, une est de Clément Marot, et se retrouve dans

I. Dans Le Testament Pathelin (éd. Lacroix, p. 190) le curé s'appelle Jehan L'Engelé.

14 II. FARCE JOYEUSE

ses œuvres : la Farce de deux amoureux recreatis et fort joyeux (fol. i83 b-igo a) ' ; une autre, la Morallité a six personnages, c'est a savoir : Nature, Loy de rigueur, etc. (fol. 236 a-263 a), est signée de la devise de Pierre Du Val : Riens sans l'esprit \ La Remonstrance est signée d'une devise inconnue : Du faict le faict, devise qui contient peut- être un nom d'auteur (Du P'aict id facit).

Le copiste qui a exécuté ce manuscrit a employé une gra- phie singulière; il a presque "constamment remplacé les 55 doubles par des 5 simples, tandis que, dans un grand nombre de cas, il a remplacé r5 simple par deux ss. Voy. notre glossaire ci-après, et notre Théâtre de Pierre Du Val, p. 248.

b. Recueil de Farces, A'Ioralités et Sermons joyeux, publié d'après le manuscrit de la Bibliothèque royale par Leroux de Lincy et Michel. Paris, chei Techener, libraire, place du Louvre, 72° 12. [Impr. de Maulde et Renou,] 1837.4 vol. pet. in-8.

Edition du manuscrit précédent, imprimée de i83i à iSSy. Les éditeurs ont modifié Tordre des pièces et supprimé la première rédaction de la Farce du vendeur de livres. La copie dont ils se sont servis était très fautive. Chaque pièce a une pagination sépa- rée. Notre sottie, qui est la 20' pièce du recueil, est placée dans le tome II.

i.Voy. É. Picot et Chr. Nyrop, Nouveau Recueil de Farces françaises, XXXV-li, 71-95.

2. Voy. É. Picot, Théâtre mystique de Pierre Du Val et des li- bertins spirituels de Rouen, 1882.

DES GALANS ET DU MONDE l5

>/. .2;,-yo FARCE JOYEUSE A CINQ PERSONNAGES

C'est a sçavoir :

Troys Galans,

Le Monde qu'on kaict paistre

Et Ordre.

Le premier Galant commence et dict :

^o' r-4 Et puis, est il façon aulcune?

Le II" Galant.

De quoy faire ?

Le iii'^ Galant.

De quicter tout ?

Le premier Galant.

Y fauldra quelque un ou quelque une, De bref, qui nous mectra deboult. J'y songe.

Le ii« Galant, Je suis en escoult. Le iii= Galant. J'ey mains, et sy ne puys rien prendre.

Le premier Galant. Je suys frais, frais.

Le ii^ Galant.

Et j'ey bon goust.

Le iii<= Galant. J'aprens, et sy suys a raprendre.

l6 II. FARCE JOYEUSE

Le premier Galant.

De sancté, j'en ay a revendre

Largement, trop plus que de paille. lo

Le ii« Galant.

Et au surplus on doibt entendre Qu'en tout le trésor pas la maille.

Le iii« Galant. A! sy fault il tenir bataille Pour combattre ses ennemys.

Le premier Galant.

C'est force, ou que chascun s'en aille, i5

Car, par Dieux, nous avons trop mys '.

Le ii^ Galant.

Et fault il que les bons amys Départent sy hastivement ?

Le iii^ Galant.

Dictes? Sy n'ai ge rien promys

A nul, par foy ny par serment \ 20

Le premier Galant. Ce qu'on faict volontairement Vault mieulx qu'a force mile foys.

Le ii« Galant. Quoy? Nous fauldra l'entendement? Prenons courage I Hault le boys. Encore un coup !

1. Nous avons mis trop de temps; nous nous sommes trop attardés. Cf. v. i55.

2. Si, comme nous le supposons, la pièce a été composée alors que la Normandie était encore au pouvoir des Anglais, on pour- rait voir dans ces vers la protestation d'un Normand hostile k l'étranger.

DES GALANS ET DU MONDE I7

v«> Le iii« Galant.

A ! Je m'en voys, 25

Quant a moy. Qui veult y demeure.

Le premier Galant.

Y sera chevalier en loix '

Se s'en va dedens un cart d'heure.

Le n^ Galant.

Sy fault il que chascun labeure

Du meileur cuir de son panier.

Sans s'effreer, chascun s'aseure;

Se jour sy n'est pas le dernier.

Le iii^ Galant. Nous sommes sas a charbonnier.

Le premier Galant. Comment ?

Le II® Galant.

L'un l'autre honnissons.

Le iii« Galant.

Mais nous sommes sas de munyer : 35

Plus vivons et plus blancisons.

Le premier Galant.

Plus nyais que jeunes moysons * Nous sommes tous troys.

1. On appelait « chevaliers es lois » les jurisconsultes à qui la chevalerie était conférée comme un titre honorifique. Le second Galant veut dire que son camarade méritera d'être armé che- valier en raison de sa fidélité à sa parole, s'il s'en va comme il déclare qu'il va le faire.

2. Plus niais que de jeunes moineaux. Le mot Moisson est peut-être le nom d'un personnage dont les galants voulaient se

l8 U. FARCE JOYEUSE

Le ii^ Galant.

Comme quoy? Le III* Galant. Plus vivons et moins congnoisons.

Le premier Galant. Laisons ce babil, cest esmoy ; 40

L'en ne me doibt ryen, sy ne doy : C'est a payer quant on Taira.

Le ii^ Galant. O ! que chascun pence de soy !

moquer. Les Moisson ne manquaient pas en Normandie, à Rouen même.

On lit dans la Farce du Bateleur^ que M. Fournier rapporte avec raison au règne de François l'r :

Je vous dis que Robin Moyson De nouveau nous l'a revellé.

(Le Roux de Lincy et Michel, IV, 69, p. 17 ; Fournier, p. 327.) Un poète appelé Moison est cité par Jacques Sireulde dans une action de grâces présentée par lui au puy de Rouen en i554 :

Gentilz facteurs naiz en cest art, Comme vous, Le Prévost, Breart, Gosse, Durant, Follain, Crespin, Des Mj-niereSjICouppel, Coppin, M}-nfant, Doublet, Bernard, Mignot, Savale, L'Alemant, Hellot, De La Rue, Moison, Aubin, Frère Chaperon, jacobin, Baillehache, expert officier, La Caille, Caillart, Le Boursier, Doury, Febvrier, Renauld, Lorin Et Du Mommain, le tabourin, Pardonnez moy si j'ay faict faucte. Ou si je nay pas la voix haulte.

{Le Trésor immortel trouvé et tiré de VEscripture saincte par maistre Jacques Sireulde, nagueres huissier du roy nostre sire en sa court de parlement à Rouen..., Rouen, Martin Le Megis- sier, i556, pet. in-8, fol. 33, ro.)

DES GALANS ET DU MONDE ig

Le IIP Galant.

C'est bien dict, mon filz, va y, va.

Ausy tost qu'il arivera ' 45

Y trouvera le baing toult chault.

Le premier Galant, Seurement, sans parler plus hault,

Y nous fault ycy adviser Ou nous irons et deviser

Vitement, et qu'on se délivre. 5o

Le II'' Galant. F0/./25 G' iray avec le Monde vivre,

Sy je puys par quelque manière. Et vous?

Le m" Galant.

Pour mieulx mon cas poursuyvre, G'iray avec le Monde vivre. 55

Le premier Galant.

Par ma foy, sy je ne suys yvre, Comme vous, soublz vostre banyere, G'iray avec le Monde vivre,' Sy je puys par quelque manière.

Le ii« Galant. G'iray le chemin de deriere. 60

Le iii« Galant. Et moy le chemin de travers.

Le premier Galant. Et moy a la gauche, en ariere,

I. Il y a probablement ici une lacune avant ce couplet. Les sots ne disent pas qui doit arriver.

20 II. FARCE JOYEUSE

Pource qu'on veoyt trop d'ieulx ouvers.

Nous irons les chemins couvers,

Que le soleil sy ne nous brûle. 65

Le ne Galant. Nos chevaulx ?

Le iii« Galant.

Hz sont trop dyvers ; Nous avrons chascun une mule.

Le premier Galant.

Aulx talons '.

Le II* Galant.

Sy je disimule, Et je le treuve en quelque coing, De luy dire...

Le III' Galant.

Y fault qu'on recule 70

Bien souvent pour saillir plus loing.

Le premier Galant.

Je vous suplye, prenons le soing De faire le Monde une beste. Dictz je bien ?

Le ii« Galant.

Moy, j'ey a la teste De l'aveugler, c'est mon vouloir, y5

Et luy faire entendre que noir Sera blanc. Et vous, nostre maistre?

77 Alt dessous de ce vers le manuscrit porte en vedette : Le m* Galant; mais le couplet, qui était sans doute sur les mêmes rimes, manque.

I. Les mules au talon, ce sont les engelures.

DES GALANS ET DU MONDE 21

Le premier Galant.

Et je feray ce Monde paystre

De quoy vous parlés, devant tous,

Luy disant qu'il a une toux 80

Qu'i fault que par herbe on garise.

Le ii^ Galant.

Que nul de nous ne se marise;

Y fault qu'a la fin chascun tende.

Le iii« Galant.

Il n'y a plus tiltre ne bende; Chascun fera son faict a part. 85

Le premier Galant.

Sans argent, office, ou prébende

Y n ' y'a plustiltrenebende.

Le ii^ Galant.

On ' ne debvons pas grand amende De chanter a nostre départ.

Le ni^ Galant.

Il n 'y a plus tiltre ne bende : go

Chascun fera son faict a part.

Le premier Galant.

Or chantons. Que Dieu y ayt part !

11^ chantent une chanson.

90 II na plus tiltre ne prébende

I. Forme normande pour « nous ». Voy. Montaiglon, Recueil, IX, 197, et RoYnanîa,W, p. 3o2 ; VII, p. 209; X, p. 402; XII, pp. 588, 590 ; XIII, p. 424. On trouvera plus loin d'autres exem- ples du même mot avec ce sens. En voici un que nous relevons dans la Farce de Pâtes Ouaintes {i^<j2) : Ne sommes nous pas assés fors Si on voulon estre vertueux?

(Éd. Bonnin, 1843, p. 10).

22 ii. farce joyeuse

Le ii« Galant. ^ A Dieu, hau !

Le III* Galant. Va t'en, va.

Le premier Galant.

Revien.

Le II* Galant. Saystuquoy?Dreseungrandmestier'.

Le iii^ Galant.

Ne vous chault ; je n'oubliray rien. 95

A Dieu, hau!

Le premier Galant.

Va t'en, va. Revien.

Le II* Galant. Nous nous trouverons ausy bien Ensemble cheulx le pelletier \

Le III* Galant. A D ieu, hau !

Le premier Galant.

Va t'en, va.

Fol. 126 Le II* Galant.

Revien. Saytuquoy?Dreseungrandmestier. 100

93 A dieu hay 96 Va ten va et reuien 98 peltier 99-100 Et reuien || Drese vn aultre mestier.

1. Fais un bon tour. La même expression sa trouve dans ia moralité de Marchebeau (éd. Le Roux de Lincy et Michel, p. 20 ; Fournier, p. 40 b).

2. Il faut peut-être voir ici un nom propre.

DES GALANS ET DU MONDE

23

Le iii^ Galant. Que chascun tire son Cartier. Posons ce qu'avons entreprins.

Le premier Galant. Le mieulx faisant doibt avoir pris. Y fault subtilement ouvrer Afin d'aulcun bien recouvrer io5

Du Monde. Hau la, je le voy. Pleust a Dieu qu i n'y eust que moy A le gouverner, se mignon! Comment? Y faict du compaignon ? Il me semble plus éveillé i lo

Et nouvelement abillé Qu'aultre foys '.Je voys par delà.

Dieu gard, Monde.

Le Monde entre

Que faictz tu la? Vienpar devant, vien par devant.

Le II" Galant, deriere le Monde Y a il personne ? Hola ! i ï 5

Dieu gard, Monde !

Le Monde.

Quefaictztula?

1 1 1 a baille. 1 14 Vient par deuant, vien par deuant. 116 Dieu gard le monde.

i.Le Monde était sans doute représenté par un personnage portant un costume de couleur éclatante. Cf. les v. i32, Soô-Sog, 3i3.

24 n. FARCE JOYEUSE

Le iii^ Galant. Je viens par derrière.

Le Monde.

Cela! Mais d'où me vient ce poursuyvant ?

Le premier Galant. Dieugard, Monde!

Le Monde.

Que faictz tu la? Vienpardevant, vienpardevant. 120

Le ii^ Galant.

J'eusse bien dict : Dieu vous avant ! Mais c'eust esté faict en village '.

Le Monde.

Sy tu joue ton personnage,

Si le dy : t'ose tu monstrer ?

Le in« Galant.

J'ey grand désir de rencontrer i25

Le Monde ; y fault que j'y converse.

Je voys, je viens, puys je traverse

Pour cuyder venir a mes fins.

On dict qu'i fayt des tours sans fins, .

Et jamais n'en fust sy subtil. i3o

I. C'eût été parler comme un paysan.

DES GALANS ET DU MONDE 25

Je le voys. Non est. A ! C'est il : Il porte abillemens divers.

Le Monde.

C estuy cy y vientde travers, Et l'aultreesivenu par deriere.

Le premier Galant. Vous n'entendes pas bien les vers. i35

Le Monde. Cestuy cy y vient de travers.

Le II* Galant. Vos yeux sont changés a l'envers.

Le Monde. J'ey pour vous assés grand lumière. Cestuy cyyvientde travers Etl'aultreest venu par derrière. 140 Je n'entens pas bien la matière. Le faict il pour me faire rire ? Sy serai ge qu'i veulent dire Afin de me desennuyer. Honneur, monseigneur l'escuyer ! 145

Le iii^ Galant.

Monde, Dieu vous face joyeulx ! Comme vous va ?

Le Monde.

De mieulx en mieulx :

i36 Cestuy cy est venu. iSg Cestuy cy il vient.

26 II. FARCE JOYEUSE

Remply de biens, sain, en bon poinct. Et vous ?

Le premier Galant. Comme sy n'en fust poinct. fol. I2J J'en suys plus bas qu'au fons du puys. 1 5o

Le Monde. Vostre compaignie en vault pis : Je ne vous cherche pas un grain.

Le ii^ Galant en chantant Atendés a demain, atendés a demain !

Il y sont, chascun faictsamain...

Par Dieu sy n'ai ge pas trop mys '. i55

Cognoisés vos petits amis,

Monde gratieux, plaisant.

Le Monde.

Hauche ! Cestuy cy revient a la gauche. Que voulés vous? Que Dieu le sache !

Le III® Galant.

Ainsy que Robin danse en tache % i6o

Nous venons vers vous.

ib'j gratieux et plaisant.

1. Je n'ai pas mis trop de temps à venir (cf. v. i6). Il y a évi- demment ici un jeu de scène. Le personnage, sorti à, droite, rentre à gauche. D'après le v. 62, cette manœuvre devrait être faite par le premier Galant; mais on a vu ci-dessus que la pièce offre des lacunes ou du moins des interversions.

2. On trouve dans Du Gange (éd. Henschel, VI, 5 14 b) plu- sieurs exemples de la {oqmxxqïi frapper en tasche, dont le sens est :

DES GALANS ET DU MONDE 27,

Le Monde.

C'est bien faict.

Le premier Galant. Vous en desplaist il ?

Le Monde.

Tout me plaist.

Le II® Galant. Je suys le vostre, moy.

Le Monde.

Et moy.

Le m* Galant.

Le Monde parle.

Le Monde.

Mieulx c'un gay ;

« frapper comme on peut ». Le mot en tache paraît avoir ici le même sens : « Comme Robin qui danse comme il peut ».

Dans le Jeu de Robin et de Marion, Robin danse à plusieurs reprises; il arrive même en dansant, comme le fait notre galant : Péronnelle Esgar, Marote, je voi la, Che me samble, Robin venant.

Marions C'est mon, et si vient tout balant. {Œuvres complètes du trouvère Adam de La Halle, pu- bliées par E. De Coussemaker, 1872, p. 4o5.)

L'expression « Ainsi que Robin danse en tache » était passée en proverbe. Nous la retrouvons sous une forme moderne dans La Comédie des Proverbes d'Adrien de Monluc (i 63 3) : « Je vais quérir mes compagnons qui diront et feront comme Robin fit à la dance : du mieux qu'ils pourront ». (VioUet Le Duc, Ancien Théâtre français, IX, i3,)

28 II. FARCE JOYEUSE

Sus mon œuvre l'aprens asés. i65

Et puys quoy ! Estes vous casés?

Le premier Galant.

Casés ? Nous sommes tous entiers. Vers vous avons prins les sentiers Pour avoir en vous habitude.

Le Monde. Hz sont clers.

Le ii^ Galant.

Venans de l'estude. 170

yo Le Monde.

Ausy, je vous faictz asavoir Qu'i fault quelque science avoir, Qui veult avec moy converser.

Le m* Galant, atoult un esteiir blanc a sa main et, a l'aultre main, un esteur noir.

Chascun a l'engin pour perser

Un mur de saize piedz d'epès. 175

Or paix, or paix, mes amys, pès!

Le maistre va jouer son jeu.

Je vois aveugler en ce lieu

Le Monde '.

Le Monde.

Je t'en garderay ; Mais vien par devant.

Le premier Galant.

Non feray. 180

166 estes vous ares 178 le vous aueugle I. Le Galant doit sans doute se glisser derrière le Monde et lui boucher soudainement les yeux avec ses deux balles.

DES GALANS ET DU MONDE ÎQ

Le Monde.

Par Dieu, sy portai ge asés d'yeulx Pour veoir loing et en divers lieux, Et sy chascun en vault bien diz.

Le'h^ Galant.

Sy ferai ge tant par mes dis

Que je vous feray aveugler. i85

Le Monde.

Tu ne me seroys tant sengler Qu'en la fin tout en vaille un blanc.

Le iii« Galant. Quel est cet esteur ?

Le Monde.

Il est blanc.

Le premier Galant. Il est noir. Chausés vos lunettes !

Le Monde.

C'est bien dict, mymin a sonnetes ' ; 190

Et fust il de sire, il est jaune. Voyla bien joué le bejaulne, A veue d'euil, sans art d'anemy.

Le ii^ Galant. Vous n'y voyés pas a demy.

186 Bref tu ne me seroys 192 Voyla bien ioue de re- change.

I. Sot portant des grelots. Nous parlerons de maître Mymin et du mot mymin en général dans notre notice sur Les Sot^ noti- veaulx farce^ couvei^ (n^XI).

3o II. FARCE JOYEUSE

Le Monde.

Sy faictz bien, car je voys par toult. igS

Fol. 128 D'un costé et de l'aultre boult.

Le iii« Galant. Vous n'avez pas des yeulx au coL

Le Monde.

Or voy ge bien que tu es fol,

Bien lourdault, bien badin, bien beugle,

D'ainsy me cuyder faire aveugle . 200

Le premier Galant. Vous n'avez pas des yeulx au cul.

Le Monde. Y ne fault point tant de calcul.

Le ii« Galant.

Mon serment, vous voyés bienloing.

Le Monde.

Bien loing : y m'en est bien besoin ;

Encor plus loing que vous ne dictes. 2o5

Je voys bien des regnards hermites,

Je voys mignons, Je voys mignonnes.

Je voys ceulx qui en font de bonnes.

Le iii^ Galant. Vous voyez jusques en Lèvent ?

Le Monde.

Je voy par deriere et d'avant ; 210

En efaict, je voy toute gent.

Le premier Galant. Vous ne voyez pas nostre argent.

DES GALANS ET DU MONDE 3l

Le Monde. Tant y seroit fort a conter.

Le îi= Galant, atoult des herbes en sa main.

Ce qui vous plaist a racompter

Est vray, mais vous n'y voyez gouste. 2i5

Voecy qui est bon pour la gouste :

Ce sont herbes substantieuses,

Tresbonnes et fort vertueuses,

Sy vous survenoyt aucun mal.

Le Monde. Baillés les a vostre cheval. 220

Le iii« Galant. Ils sont bonnes.

Le Monde.

Sy les mangés.

Le premier Galant.

Aies, aies.

Le Monde. Ne vous bougés.

yo Le ii^ Galant.

Agardés, j'avois ouy dire

Que vous aviez perdu le rire ;

Voecy pour resjouir le cœur. 225

Le Monde.

Je n'eus jamais telle vigueur. Ne tel force, ne tel vertu.

216 Monde voecy 226 telle liqueur 227 Ne telle force

32 11. FARCE JOYEUSE

Vous me cuidés faire abatu

Au devant que l'on m'ait touciié.

Le me Galant. Hay!

Le Monde. Tron ' !

Le premier Galant.

Sy vous étiez couché 23o

Pour vous reposer un petit, Cecy vous donroit apetit Et seriez sain comme un piot \

Le Monde.

Quel sain ? Je boy a vous d'un pot.

Quelz herbes est ce, ce brouillis ? 235

Il ne me fault poinct de coulis :

Je mengeustz bien sans médecine.

Le ii« Galant. Par Dieu, je n'y prens poinct bon sine.

Le Monde. Sy prenez d'un pain.

Le ih® Galant. Da!

Le Monde.

Quelda?

234 II faut probablement corriger : o vous. 235 Quelz her- bes estes.

1. Inutile d'insister sur le jeu de mots grossier que font le iii« Galant et le Monde.

2. Comme une petite pie.

DES GALANS ET DU MONDE 33

Et voecy bon genin, dada! 240

Et aies, aies, nostre maistre. Et me cuidés vous faire paistre Et l'aultre aveugler? Qu'esse sy?

Le premier Galant. Tout le Monde est fort a cognoistre.

Le Monde.

Et me cuidés vous faire paistre? 245 Qu'esse qui vous maine en cest estre ?

Le ii^ Galant. Monde, aies y tout beau.

Le Monde.

Cesy ! Et me cuidés vous faire paistre Et l'aultre aveugler? Qu'esse cy? Et vous, savez vous rien aussi ? 25o

Qu'estes vous ?

Fol. 12g Le in^ a tout des boetes.

Nigromansien. Je sçay le vieil art antien Du magique.

Le Monde.

Il sent donc le jaulne, Se vieillard '? Et ! qu'il est bejaulne, Qui vient agacher, assaillir ! 255

Dont peuent ses troys mignons saillir Qui me rompent ainsy la teste ? Que me veulx tu ?

246 Esse ce qui vous maine 255 Qui me vient I. Jeu de mots sur « vieil art ».

3

34 ÎI- FARCE JOYEUSE

Le II® Galant.

Vous faire beste. En ce lieu, sans vous remuer, Instamment vous feray muer 260

En cerf, en ours et en leon.

Le Monde.

J'ayme mieulx payer demyon ' Et que je ne soys point mué. Tant l'on seroit bien remué De telz mignons !

Le iii^ Galant.

En! vous railés. 265

En av'ous? Or nous en baillés.

Le Monde, Endroict vous l'or seroyt segret.

Le premier Galand. Tout se pert.

Le II» Galand.

1 1 1 e bat trop froid.

Le m'' Galant.

Qui eust cuidé qu'il eust tant seu?

Le PREMIER Galant.

On ne frapons poinct a l'endroit; 270 Toult se pert.

Le 11^ Galant.

Y le bat trop froid.

270 Nous ne frapons poinct. Cf. v. 276. I. J'aime mieux payer un demi-setier.

DES GALANS ET DU MONDE 35

Le me Galant,

Y congnoyt le tort et le droict.

Le premier Galant. Quant j'ey bien son cas aperceu, Toult se pert.

^ Le w Galant.

Y le bat trop froid.

Le in« Galant. Qui eust cuydéqu'il eust tantseu?275

Le premier Galant.

On ne frapons poinct a l'endroict. Tou t s e pert.

Le ne Galant.

Y le bat trop froid.

Le me Galant.

Y congnoyt le tort et le droict.

Le premier Galant.

Quant j'ey congneu et aperceu, Tout se pert.

Le ne Galant.

Y le bat trop froid. 280

Le m* Galant. Qui eust cuydé qu'il eust tant seu?

Le premier Galant. Jamais il ne seroyt deceu En ce point ; c'est pour tout gaster.

281 Qui eust pense

36 II. FARCE JOYEUSE

Un mot, hau! Y le fault flater

Pour mieulx en chevir, ce me semble. 285

Le ii^ Galant.

Pour l'abatre et pour le mater,

Un mot, hau! Y le fault flater.

Le Monde.

Musars, vous avez beau bâter ; N'en tenez ja conseil ensemble.

Le iii« Galant.

Un mot, hau! Y le fault flater. 290 Pour mieulx en chevir, ce me semble.

Le Monde.

Chantés hardiment tous ensemble, Ou aultrement, pour toult potage, C'est mal chercher vostre avantage. Ils chantent une chanson.

Le premier Galant.

Monde mondain ', plaisant, subtil, 295

Onneste, gratieulx, gentil, Fol.iSo Tu reluys en mer et en terre ; Pour néant je te requiers.

Le Monde.

Serre.

284 y le fault haster 286 et le mater 296 gratieulx, subtil, gentil. 298 pour néant ce que tu en requières

I. On retrouve ce pathos au début de la Prognostication des Prognosticatioyis de Bonaventure Des Périers :

Monde mondain, trop mondainement monde...

(Ed. Lacour, I, i3i; Montaiglon, Recueil, V, 224.)

DES GALANS ET DU MONDE 87

Le IV Galant.

Gentil Monde, tant tu es riche ! Endroict moy que tu ne soys chiche. 3oo

Puis qu'en toy deshonneur s'eslongne, Donne moy de tes grands biens.

Le Monde.

Gongne ! Dieu ayt Tame de Raul Flatart ' ! Par Dieu, vous y vends bien tard, Com celuy qui crye la moutarde. 3o5

Le iii^ Galant.

Et, Monde, quant je te regarde, Tu me semble tresgentement Vestu en ton acoustrement : C'est fin drap, toultes foys n'est mye.

Le Monde. C'est mon, mais vous ne Tarés mye. 3io

Le premier Galant. Vous estes sur le hault verdus ^ ;

3o5 Que celuy.

1 . Nous avons vainement cherché qui pouvait être ce person- nage. Ce n'est peut-être qu'une personnification du flatteur.

2. L'expression estre sur le hault verdu signifie « être dans toute sa fleur ». Dans le Dyalogue de messieurs de Mallepaye et de Baillevent. Un des personnages se vante (v. 122) d'être

Gorgias, sur le hault verdu. On lit de même dans le Monologue nouveau et fort joyeulx de la chamberiere desproveue du mal d'amours (v. 43) ; Suis je pas sus le hault verdu ? Je ne suis point, midieux, fardée De violettes ni de templettes.

(Montaiglon, Recueil, II, 247.)

38 II. FARCE JOYEUSE

Vos beaulx jours ne sont pas perdus : Tant voecy un maistre pourpoinct !

Le Monde. C'est m on, mais vous ne Tarés poinct.

Le ii^ Galant.

Tant tu as maincte belle chose, 3i-5

Monde! Ta toque sent la rose, Et est bien tournée par compas.

Le Monde.

C'estmon, mais vous ne Tarés pas.

Qui me vouldroict ainsi navrer,

Y me fauldroyt bien enyvrer 3 20

Et boyre cinq foys d'avantage.

Vous y perdes vostre langage.

Afin qu'âme ne s'y efforce.

Le iii« Galant.

Nous vivons aveq vous par force, Bon gré, mal gré.

yo Le Monde.

Sus vostre dam. 325

3 18 aures.

Cette expression se rencontre encore dans VAmant rendu cor- delier a V observance d'' amours [v. 1491) :

En oultre nous est deffendu De ne porter manches petites, Grans bonnets sur le haut verdu.

On lit enfin dans La Vie de sainct Christofle de Chevale (v. 2 159-2 161) :

Approuchez ; vous estes de l'ordre. Et pensons comme nous ressourdre Pour brouer sur [le] hault verdi.

DES GALANS ET DU MONDE Sq

Le premier Galant.

Qu'en dictes vous? Suis je souldam'? Aqueljeul'avonsnous perdu?

Le ii« Galant.

Nous sommes tous d'Eve et d'Adam ; Qu'en dictes vous? Suis je souldam?

Le iii« Galant.

Qu'en faict en plus en un quidem, 33o

Qui est de nouveau descendu ?

Le premier Galant.

Qu'en dictes vous? Suis je souldam? A quel jeu l'avons nous perdu?

Le ii« Galant.

De vous gouverner en temps du,

Ainsy comme les aultres font. 335

Le Monde.

De mes biens tout n'est pas fondu ; Ceux qui les pratiquent les ont.

Ordre.

Est ce vent d'aval ou d'amont?

N'ai ge pas oy un timboys

Vers ce cartier ? Je m'y en voys 340

Pour veoir que c'est a retirer.

Quant je voys d'aulcuns folyer,

I. Jeu de mots sur soub:^ dam (opposé à « sus vostre dam ») et souldan (sultan).

40 II. FARCE JOYEUSE

Ou d'aultres regiber ou mordre,

G'y doibtz aler, car je suis Ordre,

Qui mais les choses a leur droict. 345

Je doys fraper en bon endroict

Sur tout ce qu'il y a de jeu.

C'est le Monde. Bien, de par Dieu.

Si j'estoys tousjours avec luy,

Il n'aroyt soulcy ny ennuy. 35b

Quelz gens sont ce la qui deplassent ?

Il semble a les veoir qu'i l'agasent.

Qu'âme ne parte de son lieu

Pour moy.

Monde, Dieu vous gard, Dieu, Et les aultres pareillement, 355

Tout comme vous !

Le Monde.

Fol. i3i Paciamment

Y me fault tous heurs endurer, Combien que je ne puys pleurer, Car j'ay des biens plus que des maulx, Dieu mercy.

Ordre.

Que dient ces vasaulx, 36o

Qui sont en ce poinct arivés ?

Le Monde.

Se sont trois povres engelés ' Qui me veulent menger toult cru.

356 toult ainsy comme vous. I. Voy. ci-dessus, p. 13.

des galans et du monde 4i

Ordre.

Monde, s'on leur a rien acreu,

Qu'on les paye, afin qu'i s'en voisent. 365

Que vous fault il ?

Le Monde.

Y se degoisent, Moitié figues, moitié raisins. Combien qu'i sont tous mes voisins ; Mais, pour vous compter la manière, Ce fol est venu par deriere 370

Pour m'aveugler.

Ordre.

Esse ou il tent ?

Le iii« Galant.

Chacun le faict comme il entend.

Le Monde.

Et l'aultre est venu de travers

En me servant de mos couvers,

Et avoyt de l'erbe, ce maistre, 375

Dont y m'a cuidé faire paistre,

Nonobstant que rien ne me deult.

Le premier Galant. A ! y gaigne le gai * qui peult.

365 afin qui sen ailent

1. Sur le proverbe : moitié figue, moitié raisin, voy. Le Roux de Lincy, Livre des Proverbes, II^ éd., I, 73. Cotgrave (v» Figue) traduit cette locution par « betweene jeast and earnest », moitié en riant, moitié sérieusement.

2. Le sens est : « Il a l'avantage ». Voy. A. Héron, Origine et Explication du dicton populaire « avoir », ou « gagner le gai » (Rouen, Impr. Cagniard, 1898, in-8). L'auteur de cette disser-

42 II. FARCE JOYEUSE

Le Monde.

Le tiers estudye nigromance

Et dict qu'il est en sa puissance 38o

De me faire devenir beste.

Ordre. Quoy ? Y vous a rompeu la teste?

v" Le Monde.

Toutefoys il ont toult gasté.

Ordre. Comme quoy?

Le Monde.

Il m'ont tant flaté Et dict des biens a ma présence 385

Tant de moy, sus ma conscience, Que ne m'en savoys délivrer; Entin y m'ont cuidé navrer En me disant : « Ce drap est fin, « Ce pourpoinct est beau et godin », 390

Voyere, en plusieurs mos arunés, Cuidant que je dise : « Tenés ». Y n'avoyent garde de ce coup.

Ordre.

Or vous retirés tous a coup.

Serves vous de telles offices ? 395

Aies impetrer bénéfices

Soublz l'abaye de Frevaulx',

379 Le tiers estudye en igromance. tation cite de nombreux exemples de la locution; mais il ne tranche pas la question de savoir si gai signifie « pierre » (pri- mitif de galet), ou signifie « coq ».

I. L'abbaye des Froides-Vallées, l'on n'a pas de quoi se chauffer. L'abbé de Frevaulx figure dans la sottie de Pierre Grin-

DES GALANS ET DU MONDE 43

C u y d é S ?

Le ii« Galant.

Qui tiendra vos chevaulx? Comme vous vous évertués!

Ordre.

Quelz estoremens, quelz joyaux ! 400

G uy s ?

Le m' Galant,

Qui tiendra vos chevaulx?

Ordre.

Telz gens ne font que trop de maulx Ou monde. Sus, sus, revenés ! C u y d é s ?

Le premier Galant.

Qui tiendra vos cliesvaulz? Comme vous vous évertués! 405

Le n* Galant.

S'on ne sommes mors ou tués, Nous vivrons au Monde vrayment.

Ordre. Comment?

399, 4o5 eserues.

gore (ci-après, n" X). On lit dans le Monologue des sot^ joyeulx de la nouvelle bande :

L'abbé de Froictz Vaulx,qui n'endure

Challeur, soit charnaige ou karesme,

Vous chauffera comme luy mesme.

(Montaiglon, Recueil, III, 17.)

44 "• FARCE JOYEUSE

Le iii« Galant.

Ne vous chaille comment : Tant que le grand maistre vouldra.

Ordre.

Voyere, mais donc il vous fauldra 410

Vivre aultrement pour toulte reste. JFo/. jj2 Aveugler, paistre, faire beste!

Chassés au loing, chassés, chassés !

Le premier Galant.

Et comment ? Vous nous ravasés? Demandez qu'il est.

Le ii« Galant.

Vostre nom ? 415

Ordre. Mais le vostre ?

Le ni' Galant.

Nostre renom S'epand oultre la grande mer.

Ordre.

Et je me faictz Ordre nommer,

Que ceulx qui me veulent aymer

Je maine a règle et a compas. 420

Le premier Galant. Ordre, je ne vous cognoys pas '.

I. Ce vers rappelle un passage d'une Moralité sur le concile de Baie qui appartient à Tannée 1433 :

Reformation.

Saint Concile, nous avons tant quise

du monde et des galans 46

Ordre.

Je vous en croys sans en jurer. Monde, s'on vous veult martirer, Je suys qui en faictz la raison.

Le Monde,

Je vous ay veu longue saison ; 425

Long temps a que je vous cognoys.

Le 11= Galant. Sus, que avrons nous ?

Le Monde.

Troys vins de nois. Ordre. Vous estes bien sos radotes.

Le iii« Galant.

Sy conterons nous vos pastés,

Monde, quelque jour qui viendra. 430

Le Monde.

Toutefoys n'en mengerés ja, Car vous m'avés pris sur le vert.

428 Nous suppléons le 710m du personnage ; le ms. ne fait qu'un seul couplet du v. 428 et du second hémistiche dn v. 42 j. 43 1 Voyere, quelque foys

La voix, que nous l'avons trouvée ; C'est France, jadis bien nommée Qui tant est serve et en vil poinct.

Concile

France ? Je ne la cognois point; 38o

France n"a point si laid maintien.

(Œuvres de Georges Chastellain publiées par M. le baron Kervyn de Lettenhove, VI, 17. Cf. Bulletin de la Société de l'iiist. du Pro- testantisme français, 1887, 174.)

46 II. FARCE JOYEUSE

Ordre.

Vienne le grand chemin ouvert Qui veult des biens du Monde avoir.

Le premier Galant. Voyla nostre cas descouvert. 435

Ordre.

Vienne le grand chemin ouvert, Sans tenir le sentier couvert.

v" Le Monde.

A tous je l'ay faict asavoir :

Vienne le grand chemin ouvert

Qui veultdesbiensduMonde avoir.

Ordre.

Enfans, que nous face debvoir De chanter a la departye Quelque chanson qui soit partye. Hardiment, je vous en dispense.

Le n^ Galant.

Voila pour nostre recompense ; 445

Le premier, va devant, commence. ""

Finis.

III

LES MENUS PROPOS

Le premier, Le Second, Le Tiers.

Personnages.

[Rouen, février 1461.I

Les menus Propos peuvent être considérés comme le type de la sottie primitive; ils ne renferment aucune action dramatique; c'est un simple dialogue entre trois sots. Les questions relatives à cette pièce ont été par- faitement élucidées par MM. de Montaiglon et de Rothschild, dont nous ne ferons guère que reproduire le travail.

Les propos des trois sots méritent surtout d'être étu- diés à cause du grand nombre de proverbes et de dic- tons populaires qu'ils renferment. Les noms géogra- phiques y abondent ; on y voit figurer diverses villes ou villages de Normandie : Bayeux, v. 517; Beaumont [-le-Roger], v. 536 ; Bostcachart [Bourg- Achard], v. 94 ; Cahieu, v. i35 ; Gibray [Guibray], v. i63; Isegny, V. i33 ; Saint-Lo, v. 186 ; Trevieres, v. 2, 8 ; Villedieu [-les-Poëles], v. 482, sans parler de la vallée d'Auge, V. 497, ni de la Toucque, v. 134; mais Rouen et ses

48 III. LES MENUS PROPOS

environs y tiennent la première place, et l'on ne peut douter que Les Menus Propos ne soient d'origine rouennaise. Les étrangers ne connaissaient guère le Robec (v. 425), la chapelle Saint Mor (v. 193, 291), la porte Beauvoisine (v. 399), les Moliniaulx (v. 184), non plus que le privilège attribué à la fierté de saint Romain de délivrer chaque année un prisonnier (v. 427). Les autres allusions géographiques : Beauvais (v. 481); Paris (la Grève, v. îi5; les Quinze Vings, V. 3i3 ; la porte Baudaiz, v. 182) ; Nevers (v, 447) ; la Bresse (v. 177), Constantinople (v. 188), n'ont aucune valeur particulière. L'auteur écrit pour des Normands, dont il ne manque pas d'exalter le courage :

C'est bon courage que Normant; Jusque au mourir il ne se rend.

La date de notre pièce n'est pas indiquée d'une ma- nière moins précise que sa patrie. Tout d'abord, nous y relevons une allusion à Du Guesclin (v. 5o2), à la bataille de Formigny, livrée en 1450 (v, i3i) et à la « bataille aux gays » (v. 145), que le Pogge place en 1452 ; mais les v. 163-164 contiennent la mention d'un événement plus récent, la défaite du duc d'York, qui eut lieu à Wakefield au mois de novembre 1460 :

Tous ceux de Londres sont matés Et est vaincu le duc d'Iort.

Par contre, on lit aux v. 41 1-412 :

Ou est la Pucelle du Mans? Jou elle plus de ses fredaines ?

Il s'agit ici de Jeanne Le Féron, qui en 1460 essaya de se faire passer pour Jeanne d'Arc et fut condamnée pour ce fait au mois de mars 1461. Les menus Propos paraissent avoir été écrits entre la mort du duc d'York et la condamnation de la fausse Pucelle. Comme on doit y reconnaître un divertissement de carnaval et

LES MENUS PROPOS 49

qu'ils contiennent même une allusion à « karesme pre- nant » (v. 41), on peut les dater avec une certitude presque complète du mois de février 146 1.

Les menus Propos^ si curieux comme recueil de proverbes et de dictons, présentent encore un autre in- térêt. Il est possible que nous en connaissions l'auteur et les acteurs. Le premier s'est peut-être nommé dans les vers suivants (95-96) :

Autant vault a dire Richart Comme Cardin ou Cardinot.

Cardinot était un joueur de farces normand qui flo- rissait au milieu du xv« siècle. Il est cité avec d'autres comédiens de son temps dans la farce du Bateleur ' :

Voecy maistre Gilles Des Vaulx *, Rousignol, Briere, Peuget Et Cardinot qui fait le guet,

1. Le Roux de Lincy et Michel, IV, n* 69, p. 16; Foumier, p. 326.

2. Gilles Des Vaulx est connu comme poète. Le recueil manu- scrit de pièces palinodiques, aux armes de Diane de Poitiers, qui se trouve aujourd'hui à Copenhague (fonds de Thott, in- fol., n* 59), contient une pièce signée de lui :

Le souverain infinitif En sapience adjuvative Par son esp(e)rit exibitif De sa bonté caritative, etc.

Gilles est probablement l'auteur d'une ballade, signée Des Vaulx, dont le refrain est :

Dieu le pcult, le fîst et voulut

(Biblioth. nat., ms. fr. 22o5, fol. 85), et d'un rondeau qui porte la même signature : Des imparfaicts

(Ibid., fol. 104). Au commencement du xvii» siècle, il y avait encore à Vire un poète de ce nom. Des vers placés en tête des Satyres de Courval- Sonnet (Paris, Rolet-Boutonné, 162 1, in-8) sont signés : Des Vaux, « lieutenant aux esieus à Vire ».

5o LES MENUS PROPOS

Robin Mercier, Cousin Chalot, Pierre Regnault ', ce bon falot, Qui chants de Vires mectoyt sus...

Il est assez fréquent au moyen âge de voir des au- teurs se faire connaître en intercalant leur nom au mi- lieu de leurs ouvrages. Ce procédé a été employé même au théâtre, comme le prouve une moralité d'André de La Vigne, dont nous aurons l'occasion de parler plus loin \ Vallet de Viriville ^ a cru pouvoir retrouver ainsi le nom de l'auteur du Mistere du Siège d'Orléans.

Si l'on admet que Cardinot a pu composer la pièce qui nous occupe, on peut admettre également qu'il la jouait lui-même ; il aurait eu alors pour acolytes deux acteurs dont les noms se trouvent dans les vers suivants (3oi-3o2) :

1 . Ce personnage était peut-être le libraire qui avait une offi- cine à Caen et une autre à Rouen. Pierre Regnault commença d'exercer vers 1489. Il obtint en 1492 la charge de libraire de l'université de Caen, charge dont son fils Denis eut la survivance en i5i3. D'après Pluquet, il ne serait mort qu'en i522; mais, sans avoir fait sur ce point des recherches spéciales, nous pouvons dire que nous n'avons pas rencontré son nom après i5io. Il n'est pas sûr qu'il ait été imprimeur.

L'édition de VExpositio de Georges de Bruxelles publiée en i5o9 nous apprend que Pierre possédait un dépôt à Paris, « juxta Maturinos, ad ymaginem divi Claudii », c'est-à-dire précisément demeura le libraire jîarisien François Regnault, qui, lui, se disait « Gratianopolitanus », sans doute parce qu'il avait exercé pendant quelque temps à Grenoble. Rien n'est plus obscur que la généalogie des divers Regnault.

La devise de P. Regnault ; Faire et taire convenait assez bien à un « bon falot ».

Voy. Frère, De l'Imprimerie et de la Librairie à Rouen dans les XV etxvi' siècles [RoMQn, 1843, pet. in-4), p. 24; Ph. Renouard, Imprimeurs parisiens, 1898, p. 314; Documents sur les impri- meurs, libraires, etc., 1901, p. 233.

2. Voy. le VIII.

3. Biblioth. de VÉcole des Chartes, V" sér., V, pp. 1-17.

LES MENUS PROPOS 5l

Deable Roget, deable Guycgart,

Et ou sont tous ces semenaulx (ou seminiaulx) ?

L'auteur se tourne vers ses deux compagnons et leur demande que sont devenus les gâteaux. La suppression de ce passage dans les éditions postérieures nous con- firme dans l'idée que Roget et Guycgart ont pu être les acteurs primitifs.

Nous avons dit que notre sottie était dépourvue d'ac- tion ; ce n'est en effet qu'une parade, mais nous sommes portés à croire que cette parade était mêlée de « sou- bresauts ». Les comédiens devaient accompagner de quelque culbute des couplets comme les suivants :

C'est ung grant tour d'abileté

Que faire bien le soubre sault (v. 121-122).

Quant je danse, je saulx, je tripes ; J'ay toujours le cul ortie (v. 2o5-2o6).

Nous avons fait remarquer dans notre introduction que les sots ou badins devaient posséder les talents de nos clowns modernes.

Les menus Propos, malgré certaines allusions que le temps devait vite rendre inintelligibles, restèrent au répertoire des joueurs de farces ; ce qui le prouve, ce ne sont pas seulement les diverses éditions imprimées au xvi® siècle, ce sont encore les emprunts faits à la sottie, vers i5oo, par l'auteur du Sermon joyeulx d'un g fiancé qui emprunte ung pain sur la fournée. (Voy. ci- après les notes sur les v. 417 et 457.)

^(ô6)f

BIBLIOGRAPHIE

Les menus Propos, dont nous ne connaissons aucun manuscrit, furent sans doute imprimés d'abord en Nor- mandie; cependant, des six éditions que nous avons vues ou qui sont citées par les bibliographes, une seule est normande; les cinq autres sortent d'officines pari- siennes. Toutes sont de la plus grande rareté ; aussi avons-nous cru devoir en donner des descriptions mi- nutieuses.

a. Les menus propos. Cyfinent les menus propos Im \\ primes nouuellement a paris par le \\ han ireperel demourrant sur le pontWnostre dame a lymaige satct Laurés. S. d. [vers 1495], in-4 goth. de 12 ff. de 38 li- gnes à la page, sign. X-5 par 6.

54 ni. LES MENUS PROPOS -"=^^=îs=»

Au titre, la grande marque de Jehan Trepperel (Silvestre, 74)

î,eamcntta»»

Nous reproduisons également le du dernier f.

en i^ mtmwitoitnipicmpUmîi 5 5

tQut fit) ^loit au quanbo ced

fe feconb î> jtre ^ta^tmmt ie fui6 cc(Vi|>; qui piend fed ntottci^ed a fenghs

fe titte fut fttd fop ic fuie 6i'ci; oJtgfw- ie ipuajje I3ic»; î)c ftx Carpe

fepjfnuet ^if fc0 Çap 6m?fc6 Tup fa fetpc if (et) itrt cpuppcr bee Çar0»

fefccortî) :Cc0 uffemans et fee fomPaw.' foiit ^ôoufêtiçre^n^ pou Çauff ma

Ce tiers: f es ÇojTçjrce puent comme bm'rt^^ cejî pitic que ^e fes fcntitv

fe p;cmtet: 'J^amaie ie noupe mieur^t» menttr jueguCfuMs 'Çuugue fd gafcc. quefquelûug noue bouta fa hipus ie quop i€ fuie mouft te(îoup»

fcfeconb 2>oue tou6 qui noue druee oup pout bien ne noue enctifedj)aa;

ftticte. <3^atf Çce ouftte ft pire fôîîj». ^ue tou0 qui noue ançeou^é

fe piemier :Cucifetfepcfurtnoup. puie ttoie toute cefî ^u^ pitew^? cas

fcfeconb £)oif e foue qui noue aut} oup* pour bieu ne noue encwfee pajii

Cî> ftnenf fce mcmxe pzopoe 5[fft piimee nouueffentent a parie pat^e ^ai) ttcpcteî î)C»noutrant fat fe pont

56 III. LES MENUS PROPOS

Le verso du dernier f. est blanc.

Cette édition est probablement postérieure à 1491, date au- delà de laquelle M. Ph. Renouard n'a pu faire remonter l'exer- cice de Jehan Trepperel; mais elle est antérieure à i5oo, puisque le pont Notre-Dame s'écroula le 25 novembre 1499. L'édition suivante doit être du même temps, et donne le même texte. Il est impossible de dire laquelle de ces deux impressions a été exécutée la première. Les autres éditions que nous avons eues sous les yeux offrent une lacune et des transpositions qui indi- quent des remaniements postérieurs.

Bibl. du musée Condé à Chantilly (Cat. Cigongne, n" 690). Biblioth. de M. le baron Henri de Rothschild (Cat. I^ 583). Cat. de Ruble.

b. Les menus propos composes || nouuellement. Cy jinent les menus props [sic] Im\\primes nouuellement a paris, pour || guillaume gyon. S. d. [v. 1495 ?], pet. in-4 goth. de 12 ff. non chiffr. de 38 lignes à la page, sign. a-b.

Cette édition n'est ornée d'aucun bois. Le r* du premier f. ne contient que les deux lignes de l'intitulé :

]ledmemtéptd)^^mpdfcâ tioutidCmimt*

Nous reproduisons également le du dernier f., dont le est blanc :

ou tf^ mmxoiwitnî pzom^emcitf 5 7

tout fû) 9ioit a quatiboctii

te fccon}), IDoire ^lapement te fuie (ttixy <ivd piene tta moucÇee a fenç(ftt

fe (icre. for ma'top te fiite 6iet).cn^m

(e pzemtet. ^rt fee ^p ôoifTe» fntTa fcrpt iS (m ita (ouppcc bc€ ^ca

(e fécond ^6 affemarw et Ces f6m0<ire font ^oufetirtre ^ng pou ^âuft«tn«

fe ttere ^e ^ongree Pttcnt coffime 6ïlmi ce/? piti€ (jue oe fee (tntm

fc piemier. 31<irttart if «oup« im«tifj? menft» fu6 Qaîîan9 'Bauf^ne îa Qatet ^quc ^g noue twita fa 8tf?w» be quop te fute mouf t reftoup

fc feconl) " ^oué f 006 qui noue aœ^ oup. 9>ouc Steu ne nouQ cncufcetKie.

fe ftex0 4Sf>arc9e6 onffre f t picefoap ^ue toue qui noue ciues oup

fe picmter ^ctfrt fcfl efuanoup ouïe trote toure ceft^ng ptteus> <^^

fe feconO: £>oae toae qut noite aot; oup POftr bteu ne noue ettcnfee pae:

4Zp finmt fee menue piope 3(m ptimte nouocfrcmciitatp^e. poi»^ QmttautmQfçn

Guillaume Guyon, appelé ici Gyon, était libraire et relieur. Il

58

III. LES MENUS PROPOS

est cité en 1488. Il acheta, le i3 mai 1494, la maison du Cha- peron, située rue des Ecoufles, et revendit cette maison le jour même à Gilles Hardouin, libraire. On ne sait rien de lui après 1494. Voy. Ph. Renouard, Documents sur les imprimeurs, librai- res, etc., 1901, p. 1 19. Biblioth. nat., Rés. p. Ye. 266.

c. Les menus propos. Cyfinent les menus propos. S. l. n. d. [Caen., v. i5oo], pet. in-4 goth. de 12 ff. de 36 lignes à la page, sign. A-B.

Au titre, la marque de Robinet Mace', imprimeur à Caen de 1498 à i5o6 (Silvestre, i34j ;

III. LES MENUS PROPOS Sg

Au verso du titre est une grande figure en bois représentant un clerc assis dans un fauteuil, la main gauche levée; devant le clerc est agenouillé un personnage qui paraît écrire sous sa dictée.

Nous ne reproduisons pas ce boisj mais nous reproduisons le r" du dernier f. ;

ttpiemitt

^deSouf^frsSner pou ^Qutalf

£ee 05^w pxxît cômc baiti^tf tJefi pittc que t>tt^e fentit ïi ttera

fb# çattam/^antf^ut ta ^atCtt, ^ur(^Sn$nou0 bdia fa Ufnet, iDr (|t!op tefm0 montt ttfiouf

ïcpiemîft }Doa# ^ons 4|ut noss0 aue^ otif f>oisr bim M tiou0 mcufr; pâf*

t(((cont> ^«irtÇf^ dttfn-e ff ptrrtotty : ii^w tone qm noisd oni^ ouj»

Uti€t9

itudfetftfitfnmovf pnie trope tour« crflSn^ pttos^^ feptcmter i;a#

CrPt^^iH^<<^f'2^^«

6o III. LES MENUS PROPOS

Cette édition donne les vers dans l'ordre suivant: 1-160; 181- 238; 161-180; 239-284; 325-571. Elle présente une lacune de 20 vers (v. 2o5-324) que viennent heureusement combler les éditions a et b,

Biblioth. de feu M. le baron James de Rothschild (Cat., I, 584). Cet exemplaire, qui a fait partie d'un des recueils du duc de La Vallière (Cat. de De Bure, n" 2904), a figuré à la vente Pichon en 1869 (Cat,, n" 463).

d. Les menus propos. Cy finissent les menus pro- pos. S. l. n. d. [Paris, vers i5oo], pet. in-4 goth de 6 ff., impr. à 2 col.

Au titre la marque de Trepperel.

Nous n'avons pas vu cette édition; mais, comme la justifica- tion en est plus serrée que celle de l'édition a, elle est évidem- ment postérieure.

Brunet, III, i638.

e. Les menus (| propos Auec [| le temps qui court. [A la fin :] •[ Imprime nouuellement a paris p || Alain Lotrian Imprimeur et librai-\\re demeurant en la rue neufue nostre |j dame a lenseigne de lescu de France. S. d. [vers i525], pet. in-8 goth. de 16 ff. de 27 lignes à la page, sign. A-B.

Édition publiée par un des successeurs de Jehan Trepperel,

m. LES MENUS PROPOS Au titre, un bois dont voici la reproduction :

C tts mentis

6i

Uttmpequiiomt»

Le même bois se trouve en tête d'une des éditions du Dialogue du Fol et du Sage, et c'est pour cette dernière pièce qu'il a 6tre gravé.

62' m. LES MENUS PÎÎOPOS

Nous donnons également le fac-similé de la souscription

}£>Unttt(tttmp9^f nattant noM« Srrffie iDitnnt tf frttitf 5f 6ieiie «i>n6onSantf

iDitnnt (t f<mp« 5ce rtidu^ noç fmtUUt iCiitnnt (tttnipB èe Sice#<|)trfct }S)itnnt tt fépaquefû ^ecrc (cnr moift

^uD *5«iff fnafr< 5</ro6<t e; fouif er ^(«6'éd d<iufruf 09 5f 9(i/irfr frâfpotfe purqiiof f ^p« e^ (\Mino^ fdufr «(Ter

C^*?to2fH)efioifaffffmrfit it pdii^s»

re drmoutdnt en fd ru< ftcufuf nc/irt daim a fe:&(ngfw ^ re(<tt ^ jfcMCt*

Cette édition donne les vers dans l'ordre suivant : 1-160; 181- 228 ; 267-284 ; 325 ; 170-180 ; 239-266; 229-238; 161-170 ; 327- 571 (les vers 285-324 et 326 manquent).

Alain Lotrian exerça de i5i8 à i545.

Bibl. nat., Y. Rés. Ye. 3019.— Biblioth. de M. le baron Henri de Rothschild (Cat., I, 585.)

/. Les menus propos. H Auec le temps qui court. [A la fin :] •! Imprime a paris. || îl Qui en vouldra auoir si se transporte \\ Au palays a la première porte . S. d.

III.

LES MENUS PROPOS

03

[vers i525], pet. in-8 goth. de i6 fî. non chiffr. de 27 lignes à la page, sign. A-B.

Voici le fac-similé du titre

ic0mettuôp:opos»

&aec fc ttmf^ qut coûte*

Le bois qui vient d'être fepfoduît est celui qui fîgurê eur le titre des Moyens d'éviter merencolye de d'Adonville et que Guil- laume Nyverd a placé au recto du dernier f. d'une de ses éditions de Pathelin ', l'adresse rimée qui termine l'édition est celle de ce même libraire.

Guillaume Nyverd exerça de i5i6 à i55o.

Cette édition offre les vers dans l'ordre suivant ' 1-160, 267»

64

III. LES MENUS PROPOS

284, 325, 326, 171-180, 239-266, 229-238, 161-170,327-571. Les vers 285-324 manquent comme dans c et dans e. Cat. La Roche Lacarelle, 1888, 167.

g. Montaiglon et Rothschild, Recueil de Poésies françaises y XI, pp. 343-396.

LES MENUS PROPOS

aFol.Aiv° Le Premier.

Se je vousdoy, jevous payeray; Cesont les gaîges de Trevieres.

Le Second. Faictes moy voye ; si me serray.

Le Tiers. Se jevous d o y, je vous p a i e r a y.

Le Premier. Il sera jour quand je verray De beurre frez faire chivieres *.

Le Second. Sejevousdoy, jevous payeray; Ce sont les gages de Trevieres'.

I a payeraye b a varray 6 c e civierres y a paieras

1 . Forme normande pour civières.

2. Bourg situé à i6 kil. de Bayeux ; c'est aujourd'hui un chef- lieu de canton du département du Calvados. Il faut croire que les habitants de Trevieres étaient Normands parmi les Normands.

5

66 III. LES MENUS PROPOS

Le Tiers. Or me dy par quantes manières On doit commencer son latin. lo

Le Premier. Soleil qui se lieve matin A grant peine fera ja bien.

Le Second . Figues ' de chat, estront de chien Si sont assés d'une figure.

Le Tiers. C'est bon menger que d'une heure, i5

Entendes vous bien? de sanglier.

Le Premier. Par sainct Jehan, qui la veultsengler, « C'est aultre chose », dit la vache.

Le Second. Qui bien bat ung sergent a mâche, 20

Il gaigne cent jours de pardon \

1 1 /au matin 1 4 assés m. dans ef— 1 5 c mengee è hure 1 7 c ihan a le veult sengler— 19 c le segond— c sergant g/mace

1. Excrément. On lit dans La Friqitassée crotestyllonée {v. 64.3) :

Note cat n'a point figue.

2. Pendant tout le cours du moyen âge les exactions des ser- gents les vouèrent à la malédiction du peuple. Voici ce que dit encore, vers i5io, Pierre de La Vacherie, dans Le Gouvernement des trois estat^ :

Je crois qu'il n'y a soubz la nue Pires garçons que sergens sont, Et m'esbahis qu'on ne les tue Ou que le ciel sus eulx ne fond, Que les Arpies ne les deffont ; Car ilz font tant de maulx souffrir Aux povres, et nul bien ne font ; On les deust a martyre offrir.

(Montaiglon et Rothschild, Recueil, XII, p. 90.)

III. LES MENUS PROPOS 67

Le Tiers. Je fus sept ans tire lardon En ung karesme qui passa.

Le Premier. Ung formage mol me cassa Toute la teste l'autre jour.

Fol. Aij. Le Second.

On ot les nouvelles au four, 25

Au moulin et chiez les barbiers '.

Le Tiers. Les chanoines et charetiers Si ont maintenant tout le temps.

Le Premier. Se Je vien la ou je pretens, Je seray au dessus du vent. 3o

Le Second. On prent voulentiers du convent Le plus meschantpour estre abbé.

Le Tiers. Dy moy : Que signifie gabbé ? Il signifie deux fois menty.

Le Premier. Recullés vous, car j'ay senty, 35

Par Dieu, aultre chose qu'a point.

24 a tout 26 c e/chez 27 e/chartiers 29 c/ viens la m. dans e f 3i /couuent 33 a le tier 36/ outre chose

I. Le Roux de Lincy [Livre des Proverbes français, II, 141) cite d'après un manuscrit du xv« siècle ce dicton : Au four et au moulin oyt l'en les nouvelles.

Cotgrave dit (v° Four) : o C'est au four et au moulin l'on sçait des nouvelles », et il ajoute : « For while the bread bakesand the corne grinds, people hâve some leisure to tell how the world goes. »

68 III. LES MENUS PROPOS

Le Second.

Sur ma foy, qui d'argent n'a point Maintenant n'a il de varletz.

Le Tiers. Or me dittes, ceulx de Callais Sont ilz bien d'accort maintenant? ' 40

Le Premier. Le jour de karesme prennant Sera ceste année au mardi.

Le Second.

Et, par saint Jaque, je m'ardy Hier en peschant en la rivière.

Le Tiers.

Ne vent on pas encor la bierre, 45

Comme on souloit, quatre tournois?

Le Premier. S'il est année de grosses nois, Se Dieu plaist, nous avrons de l'uylle.

Le Second. C'est bon temps pour couvreurs de tuylle Quant les maisons si se descueuvrent. 5o

37 a nait. 38 a non il c e f non a il 40 c Sont il a darcort. 42 / anne 44 ^ yeschant 4^ / encore 47 e Si est il force de grosses noix /Si est il de grosses noix 46 a couuris de treille

I. Ce passage fait allusion à la querelle engagée entre le comte de Warwick, qui détenait Calais malgré le roi d'Angleterre, et le duc de Somerset, qu'Henri VI avait nommé capitaine de la ville. Warwick se maintint plus d'une année dans la place, résis- tant à toutes les attaques de son adversaire; Somerset avait pris possession de Guines, d'où il ne cessait de menacer Calais. On peut voir le détail de cette lutte dans les Anchiennes Croni- ques d'Angleterre de Jehan de Wavrin, éd. Dupont, II, 197-215.

III. LE?; MENUS PROPOS 69

Le Tiers.

Aussitost que les moulles s'euvrent, Il n'y fault plus que du vinaigre '.

Le Premier.

Je ne veis oncques beste maigre Qui portast grant foison de sieu.

Le Second.

Les blez sont beaulx, la mercy Dieu; 55

Nous avrons des biens a planté.

Le Tiers. Le dyable d'enfer s'est vanté Qu'il nous fera beaucoup de bien.

Le Premier J'aymeroye, par Dieu, mieulx ung tien La moitié que deux tu Vavras \ 60

Le Second

Tousjours ung poulin de barras Est de commencement sauvaige.

5i a le second 53/bestes 57 cef cest vante 59 a laymeroyes /par bieu 6i/harnas

T . Quand les moules s'ouvrent, c'est qu'elles sont cuites. Voici la recette que donne le Viandier de Taillevent pour la prépara- tion des moules : « Esliere bien et cuire en eaue un pou, et du vin et du sel. Mengier au vin aigre » (Édition Pichon et Vicaire, 1892, p. 32). Le manuscrit du Vatican donne plus de détails : « Moules. Cuites en eaue et du vinaigre avec, et de la mente, qui veult; et puis, au drecier, de la pouldre d'espices, et aucuns y vcullent du beurre. Menger au vinaigre, ou au verjus vert, ou aux aulx vertz; et si en fait on du civé qui veult » (ibid., p. 248).

2. Un tiens vaut, ce dit-on, mieux que deux tu l'auras. L'un est sûr, l'autre ne l'est pas.

Le petit Poisson et le Pêcheur. La Fontaine, liv. V, fable 3).

70 m. LES MENUS PROPOS

Le Tiers Je danse en ours, et vois en nage Comme une congnye desmanchee '.

Le premier Mais que ma soif fust estanchee, 65

Il me fust tresbien amendé.

Le Second Se ung arc n'est bien raide bendé, Il ne fera Ja coup qui vaille.

Le Tiers Se je soustiens denier ne maille, Je prie a Dieu qu'i me meschee. 70

Le Premier Une femme fait l'empechee Bien trois jours pour une fusée %

Le Second Hz s'en vont par la cheminée Les sorcières qui vont en Terre.

Le Tiers Fut ce pas sainct Germain d'Aucerre yS

Fol.Aiij Qui fist resusciter le veau ^?

64 a congye / congnee a desmanche / desmengee 67/ royde 68 c/couo 69 c / quil 72 c /fisee 74 e sorciers 75 a daucerra / dauxerre

1. Une cognée de fer, avec ou sans son manche, nage exacte- ment comme un chien de plomb, et tombe au fond de la rivière. La cognée de Couillatris en est un illustre exemple. M. R.

2. Le fil enroulé autour du fuseau. Cela revient à dire qu'une femme se met en peine pour une bagatelle.

3. Voici comment l'histoire du veau est racontée par Jean de Voragine dans la Légende dorée :

« Quant il [saint Germain] preschoit une foys en Bretaigne, le roy luy escondit l'ostel a luy et a ses compaignons, et alors le

III. LES MENUS PROPOS 7I

Le Premier

J'ay veu de beau cresson nouveau; Nous mengerons de la poree '.

Le Second On appaise d'une totee ' Les petis enfans, quant ilz pleurent. 80

Le Tiers Ou vont les bestes quant ilz meurent? Ne ont ilz point de paradis?

Le Premier Qui vouldroit veoir le Temps jadis, On le trouveroit aux croniques.

77 c e/ vng veau -jgc e / dune dorée 84 c d / au

bouvier du roy s'en retourna de paistre ses bestes, et avoit ja receu sa portion au palays et l'emportoit en sa propre maison. Si veit le benoist Germain et ses compaignons qui avoyent fain etfroit, et les receut debonnairement en sa maison, et commanda que ung seul veau qu'il avoit fust tué pour ses hostes, et lors quant ilz eurent souppé, sainct Germain fist apporter tous les os dessus la peau, et la fist son oraison, et le veau se leva sans demeure. Le jour ensuivant vint hastivement au roy et luy de- manda puissamment pourquoy y luy avoit escondit sa maison. Et lors le roy fut si esbahy qu'il ne luy peut respondre. Et il luy dist : Va hors et laisse le royaume a ung meilleur, etc. » La Légende dorée en françoys, traduction de Jehan de Vignay (Lyon, Jehan de La Place, i5i8, in-fol. goth.), fol. 181 c.

I. Voici la recette de la porée de cresson : «Metés parboullir une poingnie de betes [= poirée] avequez, puis la tornez et hachiés et friolés en huille; puis la metez boullir en lait d'almendes, ou charnage, a la char ou au beurre, ou au fromage. Soit salée a point, et le cresson soit bien esleu. » Le Viandier de Guillaume Tirel, dit Taillevent, 1892, p. 32. La recette donnée par le manuscrit du Vatican {ibid., p. 240) est à peu près la même; cependant le compilateur ajoute que la porée est « bonne contre la gravelle ».

2. D'une rôtie. Le français tostée s'est conservé dans l'anglais toast. Dorée, que portent ce/, signifie une tartine de beurre.

72 iii. les menus propos

Le Second

Ne sont pas tous patronomiques 85

De la tierce declineson ?

Le Tiers

Qui ayeroit de la veneson, On pourroit faire des pastés.

Le Premier

Se les navès ne sont ratés ',

Hz ne feront Ja nette souppe. 90

Le Second A quoy tient il que une couppe Est plus couverte que une tasse *?

Le Tiers Il y a ung beau saint Eustace En Teglise du Bostcachart \

Le Premier Autant vault a dire Richart 95

Comme Cardin ou Cardinot *.

85 6 c/ le segond cef patroniques 87 bedf. auroit /venoison— 91 /tien 94/boccachart 96 c chardin ou chardinot

1. Grattés, épluchés.

2. Les anciennes coupes étaient ordinairement couvertes: c'est même souvent par qu'elles se distinguaient des tasses. Voy. le glossaire joint par le marquis de Laborde à son Catalogue des émaux du musée du Louvre, p. 2 3o.

3. Bourg-Achard, commune du département de l'Eure, canton de Routot. L'église, qui date du xv^ siècle, est ornée de superbes vitraux et de merveilleuses stalles.

4. Cardin, Chardin ou Cardinot sont en effet des diminutifs de Richard. On connaît le libraire Cardin Besongne, le peintre Chardin, la célèbre mèreCardine. Quant au nom de Cardinot, nous avons fait remarquer ci-dessus (p. 49) qu'il appartenait peut-être à l'auteur à l'un des acteurs des Menus Propos.

III. LES MENUS PROPOS yS

Le Second Lequel chante mieuix, d'ung linot, A vostre advis, ou d'ung corbeau?

Le Tiers Quant une femme a le corps beau, Elle en est plus tost mariée. loo

Le Premier Mais que la paix si soit criée,

Je troteray bien les pays.

Le Second Que les gens seront esbahis Quant le monde definera, Et que chascun déclinera io5

A meschanseté et misère!

Le Tiers Je vestirois envis la haire Se dessoubz n'avoie ung plisson.

Le Premier Que J'ay chiffré mainte leçon Tant que j'estoie estudiant! i lo

Le Premier Les chiens si mordent en riant; Il ne s'i fait point bon jouer.

Le Tiers Je ne sçay a qui me vouer De paour que ma vache n'avorte.

Le Premier Ung coquin de Grève si porte 1 1 5

Bien aise douze coterez.

loi a crier 102/ le ab nauoies —m c/ morde 112/ pas bon

74 !"• LES MENUS PROPOS

Le Second Je cuide que j'asoteretz, N'estoit le soucy que je pren.

Le Tiers A bien compasser ung quadren, Est requis grant soubtillité. 120

Le Premier C'est ung grant tour d'abilité Que faire bien le soubresault '.

Le Second Ung Jour de respit cent solz vault. C'est grant faict que d'une balaine \

Le Tiers J'euz l'autre jour la bosse en l'aine; i25

Mais certes je cuidoy mourir.

Le Premier Fol.Aiiij Je verroye voulentiers courir Une brebis après ung leu.

Le Second

Cuidés vous qu'il y eut beau feu

A Troye, quant elle fut destruicte?^ i3o

1 19 c comparer e cadren 120 c soutillite ef subtillite 121 bcef abilete 122 a soubre fault i23 c segond /soubz 129 c segond

1 . Peut-être l'acteur accompagnait-il ce couplet d'un saut pé- rilleux. Nous avons fait remarquer dans notre introduction que les sots étaient parfois des clowns qui entremêlaient leurs dia- logues de culbutes et d'exercices athlétiques. Voy. Les Sobres Sots entremesle^ avee les syeurs d'ay^ (n" XVII).

2. On prend quelquefois des baleines sur les côtes de Nor- mandie. Voy. La grande et merveilleuse Prinse que les Bretons ont faicte sur mer, ap. Montaiglon, Recueil de Poésies fran- çaises, IX, pp. 327-336.

3. Souvenir des romans de la Destruction de Troye la grant.

m. LES MENUS PROPOS 7b

Le Tiers Les Anglois furent mis en fuyte En la journée de Fourmigny '.

Le Premier

Les bonnes moulles d'Isegny ^

Valent mieux que Cahieu ^ ne Toucque *.

Le Second

Le bon homme raira sa poucque i35

Et la bonne femme sa vache.

Le Tiers

Il fait bon aller a la cache Aux lièvres quant il a negé \

Le Premier

Se Paris estoit assiégé,

Les bourgeois airoient bel effroy. 140

1 32 a en la journée de Remy b a \a iournee 134. a e chien ne toncque/cahieux 6 ne toncque i35 c le segond c raura /aura i3j a b c e f chasse i38 a b quand il est nesge iSg c Rouen, qui est probablement la bonne leçon. Le nom de Paris doit avoir été substitué à celui de Rouen par Jehan Trepperel. 140 c/ bourgeois

1. Formignyest un village situé dans le département du Calva- dos à 19 kil. de Bayeux. Le connétable de Richemont y battit les Anglais le i5 avril 1450.

2. Isigny, commune de Tarrondissement de Bayeux, est situé sur TAure-lnférieure, à 8 kil. de la mer. Cette localité n'est plus célèbre aujourd'hui que par son beurre; cependant on y fait encore le commerce des moules.

3. Cayeux, sur la côte de Saint-Valery, à l'embouchure de la Somme.

4. Toucques, sur la rivière de ce nom, entre Dives, Pont- rÉvêque et Honfleur.

5. Parce qu'on suit leurs traces sur la neige ; aussi la chasse est-elle interdite alors.

76 m. LES MENUS PROPOS

Le Second

Que couste bien un pallefroy ? J'ay six blans pour y emploier.

Le Tiers J'ay fait fendre, rompre et ployer Maint bon bacinet aux Angloys.

Le Premier

Qut fut a la bataille aux gays? 145

Est il personne qui le sache ? En quel lieu et en quelle place Fut faicte la malle journée '?

141 c le segond 142 e fym. 145 a baitaille 147 a et quelle place

I. La 240° facétie de Pogge (éd. de Noël, 1797,1, 246; éd. de Liseux, 1878, II, 242) raconte une bataille de geais et de pies que le conteur place en 145 1 ; << Hoc anno millesimo quadringentesimo quinquagesimo primo, mense aprili, res monstro similis accidit in confinibus Galliae et ejus regionis quae nunc dicitur Britannia. Picae et graculae aves, aciebus instructis in aère, immenso clan- gore, per universum diem acriter pugnarunt. Victoria pênes gra- culas stetit : ex eis ad duo, ex picis ad quatuor millia, in terra mor- tuae sunt repertae. Quid id prodigium ferat tempus ostendet. » C'est probablement à ce combat qu'il est fait ici allusion; cepen- dant il est fait mention de plusieurs autres batailles du même genre. Dans la Moralité des En/ans de maintenant, le Fol dit :

Le jour que les gg et les pies

Combatoyent en Lombardie,

Marotte, par grant gourmandie

Mengea bien quinze gasteletz.

(Viollet-le-Duc),^nc. Théâtre franc., III, p. 32). Dans la bouche du fou, la Lombardie est peut-être facétieuse- ment pour la Bretagne. C'est en effet en Bretagne que la légende place une nouvelle rencontre de geais et de pies qui aurait pré- cédé la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier (1488). Rabelais, dans l'ancien prologue du livre IV, a conté la chose en détail ; mais comme le fait est postérieur de plus de vingt-cinq ans à notre sottie, nous n'avons pas besoin de reproduire son récit.

III. LES MENUS PROPOS 77

Le Second

Se Margot estoit attournee,

On Tappelleroit daimoiselle, i5o

Et, s'el mcngeoit une groisselle,

Par Dieu ce seroit a trois fois '.

Le Tiers Qui veult bien rimer contre pois,

Au monde ne peult mieulx que lart \

Le Premier J'ay toute la science et l'art 1 55

Que ung homme ignare peut aver.

Le Second. Ung baveur si sert de baver Et ung quinterneur de quinternes\

i5i e elle c /mengeoit 102 f par bieu 1 55 a et m 1 56 e qui a q vng ignare —abe auoir i Sy c e il sert 1 58 c quinterner

1. Tant sa bouche est petite. Cf. v. 400.

2. Oudin cite, dans ses Curiosités ft-ançoises, les deux proverbes suivants : « Cela vient à propos comme lard en pois », « Gras comme lard à poix » (Le Roux de Lincy, Livre des proverbes, II« éd., II p. 200.) Cotgrave (v" Pof5)cite la contre-partie de cette dernière expression : « Lard à pois de caresme », c'est-à-dire lard maigre et misérable. On voit par ces exemples que notre sot fait allusion à un goût fort répandu. Les facéties sur les pois au lard étaient à leur place dans les fatrasies et surtout dans les jeux de pois piles. François La Salla, auteur d'une Epistre de Vasne au coq qui précède une édition de Chicheface, dit en iSSy :

Garde toy de manger des poix Que le lard ne soit bien hache'.

(Montaiglon et Rothschild, Recueil, XI, p. 289.) Enfin Rabelais se livre à une plaisanterie analogue quand il place dans la bibliothèque de Saint-Victor un livre intitulé Des poys au lart, cum commento.

3. Peut-être : « Le métier d'un bavard est de bavarder, celui d'un guitariste, de jouer de la guitare ».

78 III. LES MENUS PROPOS

Le Tiers

Que gagnent faseurs de lanternes ?

Hz sont de saison maintenant ' . 1 60

Le Premier Je vous Jure par saint Amant * Que j'ay plus menty que dyt vray.

Le Second. Il a longtemps qu'en la Gibray ^ La pluye si feist grant dommage, Car, sur ma foy, el mist en nage * i65

Tous les fours aux petis pastés.

Le Tiers Tous ceulx de Londres sont matés Et est vaincu le duc d'Iort ^

169 c/ faiseurs 160 a faison c sont ilz maintenant de sai- son — L'édition c omet ici les vers 16 i-j 80, qui sont placés après le vers 238 de notre édition. Saison rime avec : Il fut bien fondé a raison(v. 181). L'édition e, place, comme c,les vers i6i-iyo après le vers 238, mais détache les dix vers suivants (171-180) qui sont reportés entre nos vers Zib et sBg ; dayis f ces mêmes vers 171-180 ne se retrouvent qu'après le vers 326. 161 c par mon serment

162 a que iby i63 e/ Il y a a b que la gibray e guibray

164 es! m. a dommge i65 <i tar

I. Peut-être parce qu'on est en carnaval.

2. Il y avait bien à Rouen une abbaye de Saint-Amand ; mais le nom n'est sans doute cité qu'en raison du jeu de mots. Saint- Amand doit être le patron des menteurs, de même que saint Acaire est le patron des acariâtres ; que saint Mammard est le médecin des mammelles, etc. Cf. Henri Estienne, ylj?o/og-i^^OMr Hérodote, éd. Ristdhueher, II, 311-324.

3. Guibray, faubourg de Falaise, possède depuis le xi« siècle la plus importante foire de la Basse-Normandie. C'est probablement celte fozre qui est appelée d'un mot : « la Gibray ».

4. La pluie détrempa, inonda.

5. Le faible roi Henri VI avait accepté (3i octobre 1460) le duc d'York pour son successeur, au détriment de son propre fils ; mais la reine Marguerite d'Anjou refusa d'accepter le com-

III. LES MENUS PROPOS 79

Le Premier A sept francz et demy le porc, Combien seroit ce la vessie? 170

Le Second Bé! qui va aux champs et ne chie, Il ne fait pas ung gros estront.

Le Tiers Or, par saint Jacque, n'a plus ront ' En tout mon ostel que une bille.

Le Premier Je m'estore d'une faucille 175

Voulentiers dès la septembresse \

Le Second En trestout le pays de Bresse Il n'y a pas une montaine.

Le Tiers Fol. Av Point ne fault a gens qui ont taigne

Jou^r a tirer chapperon. 180

170 c Combien esse la vecye et le sains. Ce vers rime avec des- sains (v. 327). Dans cette éditioriy notre vers i-jo se retrouve une seconde fois pour la rime, mais sans aucune raison, entre le vers 325 et le vers 171 :

Oncques cheual ne fut charme

combien cecoit [sic] ce la vecie.

promis imaginé par les lords, et continua la lutte contre l'usur- pateur. Celui-ci, qui s'était enfermé dans le château de Sandal, près de Wakefield, se crut assez fort pour en sortir; il fut défait et tué (3o décembre 1460). Comme le remarquent MM. de Mon- taiglonet de Rothschild, le triomphe tout récent de la reine Mar- guerite, fille de René d'Anjou, était de nature à toucher en France le cœur des Normands 180 c e/louer a chapperon tirer. Après ce vers viennent nos vers 239-266.

1 . Jeu de mots sur la monnaie qui est ronde. Rond avec le sens de « sou » n'est pas une locution moderne; il est cité par Cotgrave.

2. Je m'arme volontiers d'une faucille quand la moisson est faite.

8o III. LES MENUS PROPOS

Le Premier Il fut bien fondé a raison Le droit de la Porte Baudaiz '.

Le Second. C'est ung propre lieu pour Vauldaiz Que le chastel de Moliniaulx \

Le Tiers Qui vouldroit avoir bons cousteaulx, i85

Il fault droit aller a Saint Lo ^

Le Premier C'est bonne ville, Je m'en lo, Que celle de Constantinoble.

i8i a II fit. c e/en raison. i83/. prope. 184 e Mouli- neaux 186 a b c e f fault droit 188 c Costentin noble.

1. M. Gaston Paris {Revue critique, 1877, I, p. 5o) a consacré une note à cet ancien proverbe parisien, dont la moitié seule nous est restée. « Les battus paieront l'amende, c'est le droit de la porte Baudais, » telle est la locution complète, fréquente aux xv et XVI' siècles, et dont le plus ancien exemple cité jusqu'ici se trouve dans le Dit des Mais, composé vers i320 par Gieffroy de Paris : « Qui batus est l'amende, c'est le droit de la porte Baudoier » (Jubinal, Contes, etc., I, p. 187). Le Roux de Lincy [Livre des proverbes, 2' éd., I, p. 3 12) cite un autre dicton sur la même porte : « Plus commun que la porte Baudet ». Laporte Baudais, ou Baudoyer était un reste de l'enceinte qui environ- nait Paris avant Philippe-Auguste. Elle était située sur la place actuelle de ce nom, à l'extrémité de la rue du Monceau-Saint- Germain, confondu maintenant avec la rue Saint-Antoine.

2. Les Moulineaux sont situés sur la rive gauche de la Seine, à i6kil. au-dessous de Rouen. s'élevait un château souvent cité au xiv° siècle, et qui fut notamment occupé par les Navarrais en 1364. Le château fut démantelé, mais il resta des ruines qui avaient sans doute une mauvaise réputation; aussi le lieu était- il un refuge convenable pour des hérétiques. Nous avons déjà vu dans la première de nos sotties (v. 5), une allusion aux Vau- dois. Au moment même furent joués Les menus Propos, les chefs de l'inquisition dans le diocèse d'Arras multipliaient les supplices contre ceux qu'ils soupçonnaient de « vauderie ».

3. Saint-Lô possède encore des couteliers renommés.

III.

LES MENUS PROPOS 8l

Le Second Deux escus si vallent ung noble A qui les a, aux autres rien. 190

Le Tiers J'o tresbien quant on me dit : « Tien », Mais au « Preste » je n'y os goutte.

Le Premier Sainct Mor si guerist de la goutte ', Et saincte Apoline des dens ^

Le Second Les prisonniers qui sont dedens igS

La prison ont beau reposer.

Le Tiers On a esleu, pour proposer

192 a ie ny os rien 194 ^ apolaine 196 c e f ont ilz

1. Comme le remarque Le Roux de Lincy [Livre des Pro- verbes, l, p. 5o), la goutte s'appelait le « mal saint Maur. » On lit dans la Farce nouvelle du paste' et de la tarte :

Que la goûte De sainct Mor et de sainct Gueslain Vous puyst tresbucher a plain.

(VioUet-le-Duc, Ancien Théâtre français, II, p. 67.) Il y avait à Saint-Maur des Fossés, près de Paris, un pèlerinage fréquenté par les goutteux. Dans le Monologue des Perruques le gendarme fait dire à une femme :

Je viens de Sainct Mor des Fessez Pour estre alegee de la goutte.

(Coquiliart, éd. d'Héricault, II, 284.) Villon (Petit Testament, v. 259) parle d'une « potence saint Mor »; c'était peut-être un ex-voto.

2. L'origine de la dévotion spéciale dont sainte Apolline était l'objet venait de ce qu'elle était toujours représentée tenant entre les dents une tenaille, instrument de son supplice. Voy. le P. Ch. Cahier, Caractéristiques des saints, 1867, pp. 3 11, 759. Cf. un passage de La Maladie de Chrestienté, de Mathieu Malingre [Bull, de la Société de Vhist. du Protestantisme franc., XXXVl, 1887, p. 347), et Henri Estienne, Apologie pour Hérodote, éd. Ristel- hueber, II, p. 32o.

6

52 III. LES MENUS PROPOS

Devant le roy, Jehan Du Chemin,

Et se doibt la, ou en chemin,

Soy trouver Vincent Faulse Chose '. 200

Le Premier On dit voulentiers que la glose D'Orléans si destruit le texte \

Le Second C'est une chose manifeste Que piedz de beuf ne sont pas tripes.

Le Tiers Quant Je danse, je saulx, je tripes ; 2o5

Jay tousjours le cul ortie \

Le Premier Le monde fut bien nestié, En bien peu de temps, de Templiers *.

199 c/au chemin 200 a trouuec 201 c le second 202 ef dorleans passe 200/ faulx 207 c e nettyee 208 c e en bien pou ce/ des templiers

1. Jehan Du Chemin paraît avoir été un personnage proverbial en Normandie, n'ayant peut-être d'autre origine que le jeu de mots « gens du chemin ». Lorsque Pathelin veut parler normand,

il s'écrie :

Suis je des foyreux de Bayeux? Jehan Du Quernin sera joyeux Mais qu'il sçache que je le see...

{Pathelin, v, 894-896.) On voit que le mandataire député au roi ne manquera pas de rencontrer sur son chemin deux mille choses fausses.

2. Comme le remarque Le Roux de Lincy {Livre des Proverbes, I, 376), Pierre de Belleperche, qui fut évêque d'Auxerre en i3o7, parle dans ses Institutes de la Glossa Aur^Iianensis... quae des- truit textum. Cette citation montre que le dicton est fort ancien, mais elle n en fait pas connaître l'origine.

3. Je m'agite toujours comme si j'avais le derrière piqué par des orties.

4. Depuis la condamnation des Templiers en i3i2, le peuple n'en parlait qu'en mauvaise part. Voy. Le Roux de Lincy, Livre des Proverbes, I, p. 54.

m.

LES MENUS PROPOS 83

Le Second Se mes soliers fussent entiers, Me mocquasse des mal chaussés. 210

Le Tiers Depuis que les prés sont faulchés, Il n'y a esbat ne déduit.

Le Premier La truye rompt le lien, s'enfuyt Tout fin droit fourrer dedens l'orge.

Le Second

Ung mareschal dedens sa forge 2 1 5

Ne boit nen plus que terre a four '.

Le Tiers Je sonnoyes tousjours le retour * Au convent des frères mineurs.

Le Premier Ha ! Saincte Marie, quelz seigneurs Pour présider au parlement " ! 220

209/ Se mes soulliers ne fussent 210 e / mocquassent a b de e f des maulz chaussez 2 1 3 c e et senfuy t 216 e f non plus 217 e sounoye 218/couuent

1. Le Roux de Lincy (II, i3o) cite sur le même sujet cet autre proverbe :

Fevres et forniers Boivent voluntiers.

2. Probablement le retour de matines, l'instant les moines pouvaient, dans l'ombre, se venger les uns des autres. Cotgrave (voy. Matines) cite le proverbe : « Il n'y a rien tant à craindre que le retour de matines. »

3. Il s'agit ici du parlement de Paris, dans le ressort duquel était placé l'échiquier de Normandie (le parlement de Rouen ne date que de 1499). Le premier président et les quatre présidents qui l'assistaient alors étaient efFectivement de grands person- nages. Il nous suiïira de renvoyer à J. B. de L'Hermite-Souliers et François Blanchard, Eloges de tous les premiers presidens du

84 ni. LES MENUS PROPOS

Le Second Mais, au propos de ma jument, Ou cheval, ne me chault lequel, De quoy me sert a ung chapel Cette cornette qu'on y met '?

Le Tiers Se m'aist Dieu, tout ce qu'on promet 225

Maintenant n'est pas vérité.

221 c e a propos 225 c/bieu 226 /maintenant ce nest

parlement de Paris, 1645, in-fol., et à François Blanchard, Les Presidens au mortier du parlement de Paris (Paris Cardin Be- songne, 1647, in-fol.)

I. Dans le Livre de la Deablerie d'Eloi d'Amerval (1. II, ch. XLix) Sathan se félicite de la mode des chaperons et des cor- nettes :

Hz me portent huy sur leur testes,

En lieu des cornes deshonnestes,

Chaperons, qu'il fait si beau veoir,

Tant sont gentz, ce doibs tu sçavoir.

Fais a façon de damoiselle.

J'en treuve la mode tant belle.

Car il semble, a voir la cornette,

Qu'el(le) soit faicte par sa sornette,

Tant est gentement affublée

Et trois ou quatre fois doublée

Sur le chief, qui est tant mignon.

Il n'est si gentil compaignon,

Quant il en a repeu ses yeulx.

Qui n'en soit ravy jusqu'au cieulx.

Assez y a cause et matière,

Car ilz ont la belle front(r)iere

De velours noir, de nouveau prise.

Que je loue beaucoup et prise.

Cela fait tant bien la fafee.

Que ma dame semble une fee.

Quant à l'utilité des cornettes, Coquillart l'indique : Si damoyselle a gorge laide, Seiche et ridée soubz ses atours, Elle portera pour remède Une cornette de velours.

(Éd. d'Héricault, 1, p. lôy).

m. LES MENUS PROPOS 85

Le Premier

Les sept œuvres de chanté ' Sont acomplies a l'ostel Dieu ^

Le Second

Ung homme qui sçait bien le jeu

Des dez ja povreté n'aira. 2 3o

Le Tiers

Foî.Avj Quant une femme se taira

Pour son mary, menés la pendre.

Le Premier

Il y a des cures a vendre

En ce royaulme plus de quinze.

Le Second

La queue deffault a ung singe, 235

Quant ne couvre ses genitoires.

Le Tiers Il souffit bien de deux notaires

228 L'édition e place ici les vers 267-284. Notre vers 229 est ainsi modifié :

Vng homme qui bien le ieu scet et rime avec le v. 266 :

Ne sert pas ung clou a soufflet. L'édition f intercale de même ici les vers 267-284, en sorte çtt'Ostel Dieu n'a pas de rime. 229 Ce vers et les g suivants (229-238) sont placés dans f après notre vers 266. 23o e naura 232 c lay 233 c abendre

1. Sur les sept œuvres de miséricorde, voy. Poussin et Ganier, Dictionnaire de la tradition pontificale, patristique et conciliaire, I, col. 482-504.

2. Il ne s'agit pas ici de l'Hôtel-Dieu de Paris, mais d'un hôpi- tal quelconque. Cf. ci-dessus, I, v. 18, p. 6.

86 III. LES MENUS PROPOS

Pour ung instrument approuver '.

Le Premier Je ne me sçavroie adviser D'une chose que j'ay ouye : 240

Car la mer s'en est enfouye. Je ne sçay s'elle est loing ou près, Mais les poissons courent après Tant qu'ilz peuent a travers le boys.

Le Second Pourquoy fait on aux gans des dois 245

Plus tost que aux souliers des orteux ?

Le Tiers Je suis, par Dieu, aussi honteux D'un « Den bon jour » comme une truye *.

2 38 Ce vers est ainsi conçu dans c e :

Pour approuver ung instrument. Ensuite viennent dans Védition e nos vers 161- 170, et, dans c, nos vers 161- 180, dont le dernier est :

Jouera chapperon tirer (au /feu ie tirer chaperon), qui rime avec :

Je ne me sçavroys adviser. 244 e pouent e/ les boys 247 / par bieu 248 D'un est suppléé a vng truye

1. Nous avons conservé la règle qui exige les signatures de deux notaires sur un acte authentique.

2. MM. de Montaiglon et de Rothschild proposent à tort, croyons-nous, de lire :

D'un bon jour comme est une truye. L'expression « Den bon jour », que ne citent ni Sainte-Palaye ni Godefroy, paraît avoir signifié : « Et puis bonjour». En voici un exemple emprunté au Mistere de la conception, nativité, mariage et annonciation de la benoiste vierge Marie (Paris, veufve Jehan Trepperel, s. d., in-4'' goth., fol. 53 a) :

Quant je vueil dire « Dem bon jour »

A la bergère en son séjour,

El me dit : « Dieu gard, mon amy ».

Cotgrave (v" Honteux) mentionne un proverbe qui doit être vol-

iii. les menus propos 87

Le Premier

Reagal ' est doulx comme suye

Et jaune comme pié d'escoufle. 25o

Le Second

Tout ainsi tost que bise souffle, Les chiens abayent en dormant.

Le Tiers

C'est bon courage que Normant : Jusque au mourir il ne se rent.

Le Premier

Petite pluye abat grant vent 255

Et si fait saulver mainte barge.

Le Second

J'ay la conscience aussi large yo Que les housseaux d'un Escossais.

Le Tiers

Je ne dy pas ce que Je sçais;

Je suis ung tresbon secrétaire, 260

Et si sçarois le secret taire,

Aussi bien, par Dieu, que une femme.

Le Premier

Il y a sept us * en la game ; Je ne sçay qui en est portier.

25 1 e soffùle 259 a ce qui 261 a b secrétaire 264 a h en m.

sin de celui-ci : « Honteux comme une truye qui emporte un le- vain (As shamefast as a sow that slaps up a sillibub) ».

1. Sulfure rouge d'arsenic. Voy. le Dict. gén., Réalgar.

2. Le mot ut est ici pour « note » ; l'auteur feint de le confondre avec le mot hus, huis, en sorte qu'il demande qui en est portier.

III. LES MENUS PROPOS

Le Second Une pillette ' sans mortier 265

Ne sert pas ung clou a soufflet % Se n'est pour bailler ung soufflet A aucun, ou ung passe avant.

Le Tiers Il y a puis soleil levant Grant chemin jusques a la lune. 270

Le Premier On m'a dit que une vache brune A plus de lait que une verrette '.

Le Second Il y a ung ny de fauvette Je sçais bien ou, qui ne l'a prins \

Le Tiers Or, par sainct Jaques, je n'aprins 275

Jour de ma vie riens a l'escolle.

Le Premier Chacun moyne porte une estolle, Mais je ne sçay a quel propos.

265 a segond 266 Ce vers est suivi dans ef de nos vers 229- 2 38. 267 Ce vers et les ly vers suivants (267-284) sont placés dans e et dans f après le vers 228, auquel f ne donne pas de rime. 269 c e f depuis 273 abc fauuerette 276 e riens m.

1. Coquillart emploie aussi le mot pillecte (éd. d'Héricault, I, p. 46).

2. Un pilon sans mortier ne sert à rien, si ce n'est à donner des coups. Cotgrave cite le mot clou à soufflet (a tacke-nayle, or the small nayle wherein bellowes are made up or mended), et la locution : « Je n'en donneroye pas un clou à soufflet (I would not give a pinne, a chip, a rush, for it) ».

3. Diminutif de vair (lat. varius). Une vache verrette, c'est une vache noire et blanche.

4. Si on ne l'a pris. Cf. v. 280.

III. LES MENUS PROPOS 89

Le Second En formage mol n'a nulz os, N'en boudin, qui ne les y boutte. 280

Le Tiers Le baril Sainct Mor si dégoutte ', Se disoient hier les bonnes gens.

Le Premier J'ay gouverné les quatre vens * Depuis ung an, encor n'a gueres.

Fol. Bi Le Second

Il est beaucoup plus de compères 285

La moitié que de bons amis.

Le Tiers Ung silogisme en disamis Si se ramaine en celarent ^

280 c ef boudins 284 / gue Les 40 vers suivants (285- 324) sont omis dans c, dans e et dans /qui ne donnent pas de rime au vers qui précède et placent immédiatement après notre V. 325 :

Oncques cheval ne fut charmé.

1. On a vu ci-dessus (v. 193) que saint Maur guérit de la goutte; de vient sans doute que son baril « dégoutte ». Quant à ce ba- ril, ce pouvait être un cabaret situé dans le voisinage d'une église consacrée à saint Maur. Il y avait à Rouen une chapelle de ce nom au cimetière des pestiférés, en dehors de la porte Cauchoise. Cf. Montaiglon, Recueil de Poésies françoises, I, pp. 3i, 280.

2. MM. de Montaiglon et de Rothschild supposent que ces quatre vents ne sont pas Zéphire, Eole, Nothus et Borée, mais les quatre vents dont parle un sermon joyeux normand du xvic siè- cle (voy. Romania, XVI, 1887, 462-464). Si cette supposition est fondée, « gouverner les quatre vents » pourrait signifier comman- der à ses passions, en particulier résister à la paillardise.

3. Allusion aux vers mnémoniques rapportés dans tous les traités de logique :

Barbara celarent Darii/erio baralipton, Felapton disamis Datisi bocardo/erison.

go III. LES MENUS PROPOS

Le Premier Le Grant Turcq si est mon parent ; Je ne suis point de villenaille. 290

Le Second Les esleuz abatre la taille Ont fait, Dieu mercy et la leur '.

Le Tiers Je porte sur moy la valeur Encor de demy cent de nois \

Le Premier Mars et septembre sont deux mois 295

Que vielz prestres craignent moult fort ^

Le Second Trestous les juifz usent de sort Comme s'il fust habandonné.

Le Tiers

Hola î que mot ne soit sonné

De la cervoise, sur la hart! 3oo

Le Premier Deable Roget, deable Guycgart S

294 a encor d de 297 a de fort

1. Le poète remercie les élus, c'est-à-dire les magistrats chargés de répartir la taille, d'avoir obtenu la diminution de l'impôt. Charles VII ménagea en effet la Normandie au moment il reprit possession de cette province [Chronique de Mathieu d'Escouchy, éd. Beaucourt, II, p. 287, en note). La diminution ne fut pas de longue durée. Peut-être sut-on gré aux élus d'avoir régularisé tout au moins la perception de la taille.

2. C'est-à-dire : je n'ai presque rien.

3. C'est aux changements de saison que les maladies sont le plus à craindre.

4. Nous avons dit ci-dessus (p. 5o) que Roget et Guygart étaient peut-être deux des acteurs qui récitaient Les menus Propos.

III. LES MENUS PROPOS 9I

Et OU sont tous ces semeneaulx ' ? Le Second

Il est des gens, plus sotz que veaulx, Qui cuident saulver tout le monde.

Le Tiers

Je prie a Dieu que l'en me tonde 3o5

Se je ne suis une fois pape.

Le Premier Celuy peut bien menger sans nappe Qui fust engendré sans lincheul.

Le Second Quant ung homme si est tout seul, Il n'a garde de s'entrebatre. 3io

Le Tiers Il y a des ans plus de quatre Que nous n'eusmes foison de vins.

Le Premier Les aveugles des Quinze Vings ' Ne doibvent riens en luminaire.

Le Second C'est belle chose d'ouyr braire 3 1 5

Un asne qui a rouge bride ^.

3o2 a semmeaulx b semineaux 3o3 a c ef de gens 3o6 a vnesfois 3oj a naype 314 a luminare 3i5 a beaire

La difficulté de comprendre leurs noms un demi-siècle après la première représentation a pu amener la suppression des vers 285-324 dans c e f.

1. Semeneaulx, ou semeneaux, seminiaiix, petits pains ou petits gâteaux de fleur de farine.

2. La maison de refuge pour les aveugles, à Paris.

3. C'est-à-dire, sans doute, l'âne d'un cardinal.

92 m. LES MENUS PROPOS

Le Tiers Sur ma conscience, je cuide Qu'il conviendra les oues ferrer ' .

Le Premier >

Comme se fera enterrer Celuy qui mourra le derrain? 320

Le Second Je suis fillieul a mon parrain, Quel qu'i soit : je ne puis faillir.

Le Tiers Oseroit l'en bien assaillir Ung bibet ^ s'il estoit armé?

Le Premier Oncques cheval ne fut charmé 32 5

Au nom de Dieu ne de ses sainctz.

Le Second Les grans maistres qui vont dessaintz Ne despendent riens en saintures.

Le Tiers

Ce sont terribles créatures

Que ceulx de Gotz et de Magotz ; 33o

Hz ont les rains dessus le dos,

325 ce/, qui omettent les 40 vers précédents, portent ici : le second. Saô Au lieu de ce vers, e répète ici le v. 170, qui n'a pas de sens; ef donnent ensuite nos vers 171-180. 327, 329 c e f le premier

1. « Ferrer les oies », c'est faire une besogne inutile et ridicule. L'expression se trouve dans les Apologues de Laurent Valla, tra- duits par Guillaume Tardif (éd. Rocher, 1876, p. 172) dans Grin- gore (Les Abus du monde, v. 2629, 2 65i, 2658, 2668, 2683, 2693, 2798), dans Cotgrave (v* oye), etc.

2, Un moucheron.

m. LES MENUS pRor^os 93

Et si ont tous chacun deux testes '.

Le Premier J'aymeroies encor mieulx deux fastes Que une jeune la moitié.

Le Second Jamais ung homme n'est haitié \ 335

Fol. Bij En yver, quant on le desloge.

Le Tiers Tousjours la desree de Lymoge '

333 c ef le segond 335 c e f le tiers c haitte 337 c ef le premier

î. Nous n'avons pas à parler ici de la légende de Gog et Magog, ni à rappeler les passages de la Bible qui en ont été le point de départ; il nous suffira de renvoyer à la dissertation jointe par M. Graf à sa Roma nella memoria e nelle imagina^ioyii del medio evo (II, pp. 5o7-563) et à V Alexandre le Grand de M. Paul Meyer {II, pp. 586-589). Nous ne connaissons aucune représentation de Gog et de Magog qui corresponde à la description donnée par l'auteur des Menus Propos. Les deux célèbres statues de Guildhall, à Londres, nous montrent simplement deux géants revêtus d'armures. Voy. Hone, Ancient Mysteries described (London, 1823, in-S"), p. 264.

2. Content.

3. La denrée de Limoges, ce sont les raves et les navets. Fran- çois La Salla dit dans VEpistre de Vasne au coq dont il a fait pré- céder son édition de Chiche/ace (i53 7) :

Les Lymossins ont bon marché De ravez et petiz naveaulx.

(Montaiglon et Rothschild, Recueil, XI, p. 289.) La même année, Eustorg de Beaulieu, qui était Limousin, s'exprime ainsi dans ses Divers Rapport^ (fol. 6g v») : Et si tu dys qu"il n'y a montz et vaulz En Lymosin et n'y croist que naveaulx, Raves et glan, et que entre ces montaignes N'a bled, ne vin, ne fruict que des chastaignes

Rabelais fait dire par Pantagruel à l'écolier limousin (1. II, c. VI) : « Au diable soit le mascherable, tant il put ! ». Enfin Bran. tôme(éd.Lalanne,III,p.286) dit de Dorât et de Muret: «Deux aussi sçavans Lymozins qui jamais mangearent et crocquarent rabes ».

94 III- LES MENUS PROPOS

Si sent puant ou desployer.

Le Premier On a fait au matin cryer Que une femme avra deux maris ' ; 340

Mais on le sçaira a Paris Au devant qu'il soit demain nonne.

Le Second Quant ung povre meurt, l'en ne sonne Sinon les cloches d'un costé.

Le Tiers L'admirai Baquin ^ a jousté 845

338 c e f an ce le segond /le second 339 a On fait 341 ef scaura 342 ce/ auant 343 c e fie tiers 345 ce/ le premier c baquain e/bouquain

1. Il s'agit peut-être d'un mandement émané d'une confrérie joyeuse, telle que la confrérie des conards. Nous possédons au moins quatre éditions, imprimées de i53o à i536, d'une Lettre nouvelle pour manière de provision a tous ceux qui désirent d'estre mariés deux ou trqys foys (voy. Harrisse, Excerpta Colom- biniana, 1887, p. 121, nos 128, 129; Catalogue Rothschild, II, 1842; Éd. Fournier, Variétés historiques et littéraires, III, p. 141). Cette lettre permet aux maris d'avoir deux ou même trois femmes ; quelque autre ordonnance aura pu permettre aux femmes d'avoir deux maris. Ces mandements facétieux se re- nouvelaient avec quelques variantes de génération en génération; nous en avons cité plusieurs dans notre Spécimen du Catalogue de Chantilly, 1890, art. 26.

2. L'admirai Baquin c'est Vatnorabaquin, autrement dit le sul- tan des Turcs. Ce nom, qui n'est qu'une corruption de Murad-Beg, fut étendu à Bajazet (voy. Froissart, 1. IV, ch. 58, et Henri Es- tienne, Apologie pour Hérodote, éd. Ristelhueber, I, p. 348) et au sultan en général. Sébastien Mamerot, racontant le siège du châ- teau de Richo, en i386, dit dans ses Passages de oultre mer (éd. de Paris, Françoys Regnault, s. d., in-4° goth., fol. qvj ab) : « Ceulx de dedans sceurent bien la venue de l'amorabaquin et de ses gens pour combattre les chrestiens ».

On trouve dans une ballade envoyée par les Anglais aux Fran-

III. LES MENUS PROPOS 96

Contre le roy des ferineaulx. Le Premier

Je fusse joueux de bateaux '

Se j'eusse ung ours ou une chievre.

Le Second

Se j'avoye ung chappeau de bievre,

Je feroye bien de l'advocat. 35o

Le Tiers

Le pardon que donna le chat A la souris vous soit donné ! Baissés la teste : In nomine Patris, qui vous garde d'enhen !

346 c farineaulx e f fariniaulx 347 c le segond ef le second b iouer 349 c e / le tiers ce chapel 35i ce/ le premier a cha 353 ef intercalent avant ce vers : le second 354 /que vous garde dahan c ajoute après ce vers les mots : le segond, qui se trouve au bas du fol. bij r°. Au haut de la page suivante on lit en vedette : le premier, ce qui rétablit l'accord avec les autres éditions.

Tien cy, de peur de varier Et joue l'amourabaquin. De ma chausse et de mon beguyn Jettez luy ung peu de farine.

(Rabelais, éd. Montaiglon, III, p. i53). Le roi des farineaux doit être un sot ou un badin enfariné.

çais en 1441, une forme intermédiaire entre amorabaquin et ami- ral Baquin :

De grant langaige trop avez Dont vous usez soir et matin, Et semble tousjours que devez Combatre l'amoral Baquin.

[Chronique de Charles VII, par Jean Chartier, éd. Vallet de Viriville, II, p. 29.) Ici Tamorabaquin doit être un personnage de carnaval, comme dans le chapitre xlii du livre V de Pantagruel. I. Bateleur.

96 m. LES MENUS PROPOS

Le Premier Se tu as papa ou memmen, 355

Il puisse mescheoir a l'enfant !

Le Second Ung griffon et un éléphant Porteroient bien une maison.

Le Tiers Ergo^ par plus forte raison, Sans pescher nous avrons marée. 36o

Le Premier Pourceau blasme pomme parée ' Aussi fort que truye espices.

Le Second yo Autant les povres que les riches

Emporteront après leur mort.

Le Tiers Ung boiteulx se mocque d'ung tort, 365

Et ung bochu d'ung contrefait.

Le Premier C'est grant merveille que d'ung pet : Il est mort avant qu'il soit né.

Le Second Les bottines de cuir tenné Si sont maintenant en usaige ' 370

359 a fort 36o/ auons 362 a croye b troye c trouye e/ truye en 365 / le second a dun tor e du tort f du fort 366 c e bossu a b du 367 e f que vng 367 c / il mort 370 e f maintenant m.

1 . C'est-à-dire : « Le porc ne se soucie pas qu'une pomme soit pelée ».

2. Marot parle aussi des chaussures dans son Epistre du coq a l'asne (v. 26-27)

On porte souliers de veloux Ou de trippe, que je ne mente.

(Éd. Jannet, I, i85; éd. Guiffrey, III, 218.)

III. LES MENUS PROPOS 97

Le Tiers Dieulx vueil baillier par le visaige D'une tripe a ceulx qui les portent!

Le Premier Les malheureux se reconfortent Quant ilz trouvent d'autres meschans.

Le Second Autant en la ville que aux champs, SyS

J'ay autant icy comme la '.

Le Tiers Les petis enfans crient : « Hua! » Quant ilz voyent voler une escoufle \

Le Premier On dit voulentiers que une mouffle Vault mieulx que gant en ung bisson \ 38o

Le Second Le plus tort en est au taisson ^ ; Se tu ne m'en crois, va sçaver.

Le Tiers J'estoye venu cy pour baver ^;

3ji a b g Dieulx quel 373 /reconforte 374c dauis mechans 375 c e/ comme aux champs 378 c/vng escoufle 38o c f que vng gant e que vng grant 38i c le segond a b c e talion / tason La rime et le sens nous paraissent justifier notre correction . 382 c ef scauoir 383 e cy venu /si venu

1. C'est-à-dire rien.

2. D'après M. Blanchemain, les enfants de Rouen appellent un cerf-volant de papier « une escoufle ». Voy. La Friquasse'e crotestyllonnée, éd. Blanchemain, pp. 5 et 49.

3. Pour pénétrer dans un buisson il vaut mieux se protéger les mains avec des mouffîes qu'avec des gants.

4. Il n'y a rien de tel qu'un taisson (un blaireau) pour pénétrer dans un buisson.

5. Bavarder,

98 III. LES MENUS PROPOS

Mais j'avoye oublié a boire.

Le Premier Il fauldroit une grosse poire 385

Pour faire ung tonneau de peré '.

Le Second Je seroye bien désespéré Fol.BHj Et hors du sens de me tuer.

Le Tiers Ung cheval, quant il veult ruer, Ne dit pas tousjours : « Gard le hurt! » 390

Le Premier Ma mère dit que, se Dieu meurt, Que saint Benolst si sera Dieu; Mais Je ne sçais pas a quel jeu S'il ne le gaignoit aux festus \

Le Second Quant les prestres sont revestus, SpS

Il est temps de mettre la table \

Le Tiers Une truye a en Testable, Sur ma foy, qui gist de gesine.

Le Premier Les bourgoyses de Beauvoisine *

389 a c quan a rueo Sgo abc garde c e / le heur

391 e si 392 a ef saint m. e f &\ m. 393 e en quel ieu

/en quel lieu 394 e la e au 395 e f prestes 397 c / Vne truye est 399 a Las bourgoiste 6 La bourgoisie

1. De poiré.

2. A la courte paille.

3. Tant les prêtres se hâtent d'expédier les offices.

4. La porte Beauvoisine, située dans la direction du Beauvai^ sis, donnait son nom à un faubourg de Rouen.

m. LES MENUS PROPOS QQ

Font trois mors en une cerise '. 400

Le Second Toutes les maisons de Venise Sont fondées sur pilliers de boys.

Le Tiers Vous les avés veuz, les Angloys, Chascun ung bacin affulé ^

Le Premier Quant les loupz si ont bien ullé, 405

Hz s'en vont quérir a mengier.

Le Second Se J'alloye souvent vendenger, J'espouseroie la femme au four '.

Le Tiers On mist bien a faire la tour De Babilone quarante ans. 410

Le Premier Ou est la pucelle du Mans " ?

400 b e/serise 402 a b sont fondes sur pilier 4o3 e veu 404 e affuble 405 e /hurle 406/ guérir 407 c le segond 408 a espouseroyie

1. Tant leur bouche est petite. Il a été question plus haut (v. i5i-i52) d'une fille dont la bouche est encore plus petite puisqu'elle doit mordre trois fois dans une groseille.

2. Le même personnage se vante précédemment (v. 143-144) d'avoir rompu aux Anglais « maint bon bacinet ».

3. Le sens est peut-être : « J'aurais toujours mon pain cuit ».

4. « Parmi les fausses pucelles, deux seulement eurent quelque notoriété. La première est Claude, mariée plus tard au seigneur des Armoises, et sur laquelle on peut consulter Quicherat, Procès de Jeanne d'Arc, t. V, p. 32 1, et Vallet de Virivilie, Histoire de Charles VII, t. II, pp. 366-368. On la voit figurer de 1439 à 1441. Elle fut bien un moment reconnue et avouée par des membres de la famille de Jeanne d'Arc; mais jamais on ne l'a nommée la

100 m. LES MENUS PROPOS

Jeu' elle plus de ses fredaines?

Le Second

Je m'attens, le jour des estrainnes, yo Qu'on me fera de beaulx presens.

Le Tiers

A Delleven bretons sont gens; 41 5

Mais il y en a de dou père '.

412 e/plus m. 413 c le segond 414 a b estrines 416 c A delleueu e / Au de leue

pucelle du Mans. Voy. ce qu'en disent Bourdigné, éd. Quatre- barbes, t. II, p. 370, Nicole Gille, dans sa Chronique (iSSy, 2' par- tie, fol. c), et Jean de Troyes [ou de Roye] (éd. de 161 1, p. 12; collection Michaud et Poujoulat, t. IV, p. 247).

« La seconde pucelle, dite proprement « la pucelle du Mans » s'appelait Jeanne Le Féron ; elle trompa la bonne foi du véné- rable évêque du Mans, Martin Berruyer, qui, désabusé sur le compte de cette aventurière, alla jusqu'à vouloir résigner son évê- ché. Jeanne Le Féron, qui parut en 1460, réussit un moment, jusqu'à être présentée à Charles VII au château des Montils, près Tours. Ce fut sa perte; elle fut renvoyée à Tours et examinée en cour d'église, puisque le jugement fut confirmé par Jean Bernard, archevêque de Tours et par métropolitain de l'évêque du Mans. Nous savons par le récit de Pierre Sala qu'elle fut condamnée à une prison de sept ans, précédée de l'exposition, qui eut lieu à Tours le 2 mars 146 1. Vallet de Viriville, loc. cit., t. II, pp. 456-458 et t. III, pp. 422-226. » M. et R.

I. Ce couplet est évidemment corrompu. Voici la note dont MM. de Montaiglon et de Rothschild l'ont accompagné : « Les Bretons sont gens, vous lesçavez », dit Rabelais dans l'ancien pro- logue du Quart Livre. Ici le sens paraît être : « Les Bretons

de sont gens; mais il y en a d'un autre pays, de , qui

ne sont ni Bretons ni gens ». L'on trouve bien en Bretagne un Elven (chef-lieu de canton de l'arrondissement de Vannes, Mor- bihan), qui n'a pas moins de six foires, et d^Elven notre Nor- man a bien pu faire Delleven, mais quel est l'autre pays ? Le Dompaire des Vosges, les nombreux Dompierre et le Doupère de Vendée sont trop loin de la Normandie à la fois et de la Bre- tagne. » Dans un passage de ï Amant rendu cordelier (v. 1745-

III. LES MENUS PROPOS lOt

Le Premier

Il me souvient bien que ma mère

Disoit qu'elle estoit preude femme;

Mais qu'il en soit, par Nostre Dame,

Je n'oseroie de riens jurer. 420

Le Second

Je ne suis point aise a crier, Si je n'ay a boire a la main '.

Le Tiers

J'aymeroîes mieulx huy que demain, S'il falloit que fusse curé.

Le Premier

Robec * est tous les ans curé, 425

Bien tost après l'Ascension.

419 a mais quil en estoit / notre dance 42 1 c le segond 423 c e qua demain 424 c ef que le fusse

1752) le « doux père » désigne une danse les danseurs ne se gênaient pas pour donner des baisers aux danseuses :

Item, devés savoir, beau frère,

Que Amours a escommeniés

Tous ceulx qui dancent le doux père.

Comme maudis et regnie's,

Car la sont par trop aplenie's

Baisers et vendus a vil pris,

Dont les verres bien maniés.

Et en rendront ce qu'ilz ont pris.

Peut-être le v. 416 signifie-t-il simplement que certains Bretons dansent le « doux père ». c'est-à-dire ont des mœurs dissolues.

1. Les V. 417-422 ont passé dans le Sermoti joyeiilx d'ung fiancé qui emprunte ung pain sur la fournée. Le dernier offre cependant une variante :

Se ne vous dis mon cas a plain. Voy. notre étude sur le Monologue dramatique {Romania, XV, p. 409).

2. Le ruisseau de Robec, qui traverse Rouen.

102 III. LES MENUS PROPOS

Le Second Saint Romain fait rémission, Tous les ans, a un prisonnier '.

Le Tiers Ce m'est tout ung : gaigne denier, Porte baquet ou tourne brocque ; 430

Tout revient en ung équivoque, Qu'on nomme soullart de cuisine.

Le Premier Tu portes aussi bien la mine Qu'onques fist riens d'une baboe *.

Le Second C'est bon marché, c'est de la Joe ; 435

Tout est touzé, fors le belin ^.

Le Tiers Pourquoy dit on plus tost Collin, Ou Gaultier, qu'on ne fait Guillot ?

Le Premier Pour savoir esbrouer ung pot, Chanter au lict, ou talonner 440

427 c le segond / Rommain 429 c gaine denier 43o/ lourne 43 1 c e / a vng 433 a ia mine. 484 e baboue / badoue 435 a b cest la ioe e cest de la ioye 436 a forrs / que le 438 c au a 6 guilloit 440 a talonner

1 . Voy. sur cet usage : Estienne Pasquier, Les Recherches de la France (Paris, Laurens Sonnius, in-fol.), PP- 910-917; Mercure de France, juillet, 1730 (lettre réimprimée par M. Leber dans sa Collection des meilleures dissertations, etc., X, pp. i52-i56); A. Floquet, Histoire du privilège de S. Romain, en vertu duquel le chapitre de la cathédrale de Rouen délivrait anciennement un meurtrier tous les ans, le jour de l'Ascension (Rouen, E. Legrand, i833, 2 vol. in-8).

2. Tu as autant que chose du monde la mine d'un babouin, d'un singe.

3. Tout est tondu, excepté le mouton.

III. LES MENUS PROPOS I o3

Fol. Biiij Ung estai, sans plus sermonner, Au monde n'a point mon pareil.

Le Second

Par le chariot au souleil,

On congnoist bien d'un fol la folle.

Le Tiers

A quoy tient il que une solle 446

Si a la gueulle de travers?

Le Premier.

C'est a la foire d'Ennevers ' j

Que les aulx sont a bon marché.

Le Second

Se j'avoie tout partout cherché,

Et sus et Jus, et ça et la, 45o

De quoy me serviroit cela?

M'ait Dieulx ^, encore vouldroie boire!

Le Tiers

La toison d'une brebis noire

Vault mieulx que celle d'une blanche.

Le Premier Judas se creva par la panche 455

442 a parelle 443 a b charioit; e/dhariot. 444 e f on congnoist du fol 44^ / tien que 446 e guette 447 a b e f denuers, qui rend le vers faux. 449 e f partout partout a b cherce 452 /Mist a vouldroyt 455 a b e/pance

I. « Si Auvers, dont l'un est à côté de Pon toise et l'autre à sept lieues de Saint-Lô (dans la Manche), faisait la mesure, on propo- serait la correction d'une façon d'autant plus probable qu'il y aurait l'équivoque de aulx verts avec l'idée des aulx. Peut-être faudrait-il lire : de Nevers ? ». M. R.

3, Dieu m'aide.

104 "'• LES MENUS PROPOS

Tout aussi test qu'il fut pendu '.

Le Second Fuyons nous en, j'ay entendu Que l'antechrist si est ja né.

Le Tiers Le dyable l'a bien amené, Car il vient devant que on le mande '. 460

458 c ja m, e/que lantechrist est deia ne

1. u Et suspensus crepuit médius, et difPasa sunt omnia viscera ejus. » AcT. Apost., I, 18. Marot dit dans une ses épîtres à Lyon Jamet :

Dammartin eust crevé sa pance.

(éd. Jannet, I, p. 280; éd. Guiffrey, III, p. 462.)

2. Les V, 457-460 se retrouvent presque textuellement au début du Sermon joyeulx d'ung fiancé qui emprunte ung pain sur la fournée:

Mes bons amys, j'ay entendu Que l'antechrist est déjà ne' ; Le dyable l(uy)' a bien amené'; Il vient devant qu'on le demande.

{Romania, XV, p. 408.) Au nom seul de l'antechrist notre badin ne pense qu'à s'enfuir; il en est de même des deux poissonnières dans la Farce nouvelle de r Antéchrist et de trois femmes :

COLECHON

L'antechrist et 1 L'antechrist est ! Le voicy venir le grand diable.

Hamelot Ouy, je le voy ; ce n'est pas fable. Fuyons 1 A luy n'y a nul jeu. [Recueil de plusieurs farces, 1612; p. 89 de la réimpression de Caron.)

Une facétie sur l'antechrist se trouve encore dans la première épître Du coq à Vasne de Marot :

Or est arrivé l'antechrist Et nous l'avons tant attendu, (éd. Jannet, I, p. 187; éd. Guiffrey, III, p. 232.) Rabelais (livre III, ch. xxvi) parle aussi de la venue de l'ante- christ ; « Sçaiz tu pas bien que la fin du monde approche?... L'antichrist est desja né, ce m'a l'on dict. Vray est que il ne faict

III. LES MENUS PROPOS Io5

Le Premier Bon pain, bon vin, bonne viande Si trouvent tousjours bien leur place.

Le Second Cieulx le cordouennier tout est vache, Et cieulx le bouchier tout est beuf .

Le Tiers

Manteau de questeur n'a dut ' neuf, 465

Ne truant jamais point de pain.

Le Premier yo Je tendray encor en ma main

Geste année mon cul a ferme ; Nul ne Taira, je vous l'afferme Sur ma foy, que vous n'en bevés. 470

Le Second Si tost que les pois sont levés, Les folz commencent a monter.

Le Tiers On mettroit beaucoup a compter Les escus du roy et les miens.

Le Premier Il n*est bel acord que de chiens 475

462 a trauuent /si trouueront 463, 464 e/Chez 463 a b le m. 465 a questeau dut neuf b questeu na 467 e/ tiendray 469 c e/laura, ie vous afferme 470 e/vous m.

encore que esgratigner sa nourrisse et ses gouvernantes, et ne montre encores les thresaurs, car il est encores petit. »

Les compositions dramatiques ayant pour sujet la légende de l'Antéchrist sont énumérées par M. Emile Roy dans Le Jour du Jugement, mystère français sur le Grand Schisme (Paris, 1902, in-8), pp. 175 et suiv.

I . Morceau. Voy. sur ce mot un article de M. Gaston Paris dans le Jahrbuchfur romanisclie und englischePhilologie,Xl{i8']o),p. i56.

Io6 m. LES MENUS PROPOS

Enfermez dedans une pouche.

Le Second Il fault, par Dieu, que je me mouche Tous les jours des fois plus de trente.

Le Tiers Tousjours, de deux chapons de rente, L'ung est bon, et l'autre est maulvais. 480

Le Premier On fait des godetz a Beauvais ' Et les poales a Villedieu \

Le Second Dequoy sert bien a saint Mathieu Celle javeline qu'il porte ? Je cuide qu'il soit garde porte 485

De paradis avec sainct Pierre '.

Le Tiers

Se j'eusse ung pot et ung verre Plain de vin, je beusse ung tatin.

Le Premier Aucuns si portent le satin

477 /le premier ef par bieu 478 e de fois 480 e/et m. c est m. 481 a godes da a beauuais 6 de beauuais 483 bien est suppléé 487 ef voirre

1. On ne fabrique plus guère de poteries à Beauvais même; mais les localités voisines de Savignies, La Chapelle-aux-Pots, Auneuil, etc., en produisent chaque année d'immenses quantités.

2. Villedieu, chef-lieu de canton du département de la Manche, est connu aujourd'hui sous le nom de Villedieu-lcs-Poèles; la fabrication de la chaudronnerie continue d'y prospérer.

3. C'est saint Mathias, et non saint Mathieu, qui est toujours représenté tenant une hallebarde ou une hache, instrument de son supplice. Voy. Guenebault, Dictionnaire iconographique, II, pp. 158-159.

III. LES MENUS PROPOS IO7

Sur l'escarlate de dix soulz. 490

Le Second

Les larrons ne sont point absoubz S'il ne font restitution.

Le Tiers J'^

Il a bonne institution Fol. Bv En ce pays, qui se marrit.

Vous le sçavés, chascun s'en rit, 495

Et puis si s'appaise qui veult.

Le Premier Tout Auge est perdu si ne pleut -■':- ÎT Et est ja résolue en pouldre '.

Le Second Il fait meilleur, par temps de fouldre, A la taverne qu'au moustier. 5oo

Le Tiers Oncques ne fut veu tel routier Comme fut Bertran de Claquin \

Le Premier Ung oyseleur et ung coquin, C'est tout ung a gens qui ont haste \

491 ef assoubz 492 e/silz 497 efsil 498 a ta résolue

e/iadesolue— 5oo a tauerne rue quau e/monstier 5o2 e thertran a elaquin. 5o3 c e/ oysellier a b et coquin

g ou vng coquin /ou coquin

1. « Jeu de mots : les vaisseaux de bois destinés à contenir de l'eau se détériorent dès qu'ils sont à sec; d'autre part la vallée d'Auge, célèbre par la richesse de ses pâturages, a toujours besoin de pluie ». M, R.

2. Bertrand Du Guesclin.

3. Le sens de ce proverbe nous paraît être que le voyageur pressé ne s'arrête pas pour examiner si l'homme qu'il rencontre est un vagabond ou un chasseur.

I08 m. LES MENUS PROPOS

Le Second C'est bon mengier que piez en paste ' ; 5o5 Pleust a Dieu que nous en eussions !

Le Tiers S'il y eust quoy, nous dignissions; Grant mercy, mais je ne voy rien.

Le Premier Cul de femme et museau de chien Si sont tousjours froiz comme glace. 5io

Le Second Il est advis a vielle vache Qu'oncques mais veau si ne beza.

Le Tiers Benoist soit qui nous baptisa ! Nous estions trestous dampnez.

Le Premier Ung borgne ^ si n'a pas le nez 5 1 5

Tout droit assis entre deux yeulx.

Le Second Belles tours y a a Bayeulx ^;

5o7/Sileust—e/de quoy 509 abttm.— 5ii ce/ a la vieille 5i2 g/quoncques mes veau ne 614 c estoions— 517 ey am.

1. Il a été question ci-dessus de pieds de bœuf (v. 204); il s'agit sans doute ici de pieds de cochon. On lit dans un coq-à-l'âne de Lyon Jannet :

La saulce verd

Et pieds de porc sont en saison.

(Marot, éd. Guiffirey, p. III, 535.)

2. C'est-à-dire un louche.

3. Le portail de la cathédrale de Bayeux est surmonté de deux tours romanes hautes de yb mètres. Une troisième tour, mutilée à sa partie supérieure, s'élève au dessus de l'intertranssept.

III. LES MENUS PROPOS 1 09

Si fussent toutes d'une pièce ;

On y hurteroit belle pièce

Sa teste, devant qu'ilz rompissent. 5 20

yo Le Tiers

Il n'est nulles femmes qui pissent En nulle manière d'arrest.

Le Premier

Moy je suis tousjours aussi prest Et debout comme ung chandelier '.

Le Second C'est dommage que cordelier 525

Je ne fus ou frère prescheur, Car mon père estoit pescheur: N'est ce pas bonne conséquence?

Le Tiers Pourquoy sonne l'en la séquence De la messe plus que au credo ^ } 53o

Le Premier Dieu et les saintz sont au credo,

5i8 e tout —/tous Sig/il y heurteroit e belle pie 520 c quil 52 1 ab le premier e/ nulle femme 523 a 6 le second 525 a é le tiers 527 c e prescheur 529 a b le pre- mier — a b sonne nen e/ sonne Ion 53 1 a b lo second a sainct.

1 . Un chandelier pointu est toujours prêt à piquer le cierge ou la chandelle. L'expression « prest comme chandelier » se retrouve dans le Mistere du Vieil Testament, 111, v. 22388; dans le Mistere de rincarnacion et Nativité, éd. Le Verdier, II, p. 10; dans le Mystère de S. Louis, éd. Fr. Michel, p. 95 b; dans le Mistere de saint Cristqfle, d'Antoine Chevalet, v. 6296. Elle a été recueillie par Le Roux de Lincy, Livre des Proverbes, 11, p. 159.

2. La séquence ou prose se chante à la messe, entre l'épître et l'évangile; le credo ne se chante qu'après l'évangile.

IIO m. LES MENUS l'ROPOS

Et le diable si est au rendre '.

Le Second Se j'estoye roy, Je feroye pendre Beaucoup de ces gros gabeliers ^ ; Je les envoyroyes aux piliers .. 535

De Beaumont ' fer sursum cordai t

Le Tiers Je ne sçay qui me recorda L'autre jour de trois bons notables *; Il iîie dit que Dieu fit les diables Et après la moitié des femmes.

Le Premier S'aucunes gens vous portent blasmes, 540 Mes dames, je vous porte los \

Le Second On faisoit la Jouxte des coqz A l'escolle quant je y alloye.

533 /prendre— 534 a 6 c e/ ses —/gros trésoriers 535 a les ennievoiroyes. 537 ^ ble premier 538 c e/bons m. 539 a b et presque 540 a b le second e porte 542 a b le tiers

1 . Gringore cite ce proverbe en parlant des joueurs :

Se les croyez, ilz vous emprunteront

Or ou argent, bleds, draps pour leur affaire,

Que follement a jouer despendront,

Et ne vouldront labourer ne rien faire.

Quant le temps vient que force est satisfaire,

Cessions font, et respitz veulent prendre :

Dieu est au prest, mais le dyable est au rendre.

{Les Abus du monde, iSog, v. 2073-2079.)

Le dicton se retrouve sous une autre forme dans Pathelin,

V. 437 :

Rendre ? On luy rendra le dyable !

2. Receveurs des gabelles.

3. Peut être Beaumont le Roger.

4. Notable est ici pris substantivement, comme dans le titre de l'ouvrage de Gringore : Notables, Enseignemens, Adages et Pro- verbes .

5. « Calembour assez vif sur le sens de louange et d'os » M. R.

I

m. les menus propos 1 i i

Le Tiers Quoy! j'aydoy a faire la haye Que les papillons abatirent, 545

Et si sçay je bien qu'ilz me dirent Que je m'ostasse vittement, Fol.Bvj Ou ilz m'envoiroient promptement Tout fin droit au quando celi '.

Le Premier Voire vrayement je suis celuy 55o

Qui prens les mouches a l'englu.

Le Second Sur ma foy, se fus bien onglu, Je jouasse bien de la herpe.

Le Tiers Dittes hay ; baillez luy sa serpe, Il s'en ira coupper des hars. 555

Le Premier Les Allemans et les Lombars Sont voulentiers ung pou hautains.

Le Second Les Hongres puent comme dains ; C'est pitié que de les sentir.

Le Tiers Jamais je n'ouys mieulx mentir. 56o

Sus gallans, vaugue la galee !

544 <J c 6 le premier 546 / scait je est suppléé c e il 548 e f me meneroyent 549 cf droit a 55o a b c\q second c e f Pi. dire vray 55 1 e f a la glu bbiab le tiers a ie fais bien e f Certes se ie tusse bien onglu 553 a harpe 554 a b c le premier 555 e f l\ en yra e ars 556 a b c \e second 557 a haultins 558 ab \e tiers 56o a 6 le premier

I. Envoyer au qiutndo caeli, c'est faire mourir. Les mots : Quando caeli movendi sunt et terra, etc., font partie du répons Libéra me, Domine, de morte aeterna, à l'absoute des morts. Cf. Mistere du Viel Testament, VI, v. 46023.

112 III. LES MENUS PROPOS

Quelque ung nous donra la disnee, De quoy je suis moult resjouy.

Le Premier Vous tous, qui nous avés ouy, Pour Dieu, ne nous encusés pas. 565

Le Second Marchés oultre le piretouy ', Vous tous, qui nous avés ouy.

Le Tiers Lucifer s'est esvanouy Puis trois jours; c'est ung piteux cas.

Le Premier Vous tous, qui nous avez ouy, 570 Pour Dieu, ne nous encusés pas.

Çy finent les menus Propos.

564 a b \t second 565 e accusez 566 a b \ç. tiers e/ le pire pas 568 a b le premier e cest. 570 a é le second 571 e accusez ef Cy finissent a ajoute à la fin : Imprimes nouuellement a paris par lehan treperel demourrant sur le pont nostre dame, a lymaige saîct Laurés b ajoute : Cy finent les menus props Imprimes nouuellement a paris pour guillaume gyon e/ ajoutent une ballade dont on trouvera le texte dans le Recueil de Poésies françoises (XI, p. 393) et que nous ne croyons pas devoir reproduire. A la suite de la ballade, e porte : Im- primée nouuellement a paris p Alain Lotrian Imprimeur et libraire demourant en la rue neufue nostre dame a lenseigne de lescu de France. /se termine ainsi : Imprime a Paris. Qui en vouldra si se transporte Au Palais, a la première porte.

I. Ce mot, dont nous ignorons le sens précis, se rencontre dans un texte cité par Sainte-Palaye : « Iceulx Hanotins demandoient aux gens que ilz trouvoient se ilz avoient point veus les Bretons, et par manière de derrisîon les appeloient les piretoins ». Peut- être faudrait-il lire ici « les piretouis », forme indiquée par la rime dans la sottie.

IV

FARCE NOUVELLE MORALISEE DES GENS NOUVEAULX

QUI MENGENT LE MONDE ET LE LOGENT DE MAL EN PIRE

[Paris? vers 1461.]

Il est essentiel de bien saisir la donnée de cette pièce pour en découvrir la date, car elle ne contient] aucune allusion historique précise.

Une ère nouvelle s'ouvre, et les gens nouveaux se promettent de tout changer dans le monde :

Les vieulx ont régné, il souffit ; Chacun doit rener a son tour.

Désormais les avocats donneront leur argent aux plai- deurs ; les poltrons monteront les premiers à l'assaut ; les prêtres vivront saintement ; les médecins guériront les malades. Le Monde paraît et se moque de ces beaux réformateurs ; il n'a rien à gagner à tous leurs projets ; pour lui le bon temps est passé et ne reviendra plus. Il connaît les gens nouveaux et ne les croit pas sur

114 IV. FARCE NOUVELLE MORALISEE

parole ; il sait d'avance qu'il lui faudra supporter les mêmes abus que par le passé et des abus pires encore.

Le sujet de cette sottie offre d'assez grandes ressem- blances avec celui de notre II; mais ici l'idée du poète est mieux accusée. On voit immédiatement que la pièce a été écrite au commencement d'un règne ; mais quel est ce règne ? Magnin ' croit que la sottie des Gens nouveaulx date, de Charles VI ; Edouard Fournier ' la place au contraire, avec plus de raison, croyons-nous, au début du règne de Louis XI. D'une part, une allusion aux gendarmes d'ordonnance (v. i85- i86) ne permet pas de remonter plus haut que le 2 novembre 1439; d'autre part, la langue et le style semblent appartenir à la seconde moitié du xv^ siècle; enfin une allusion aux couvents fondés par le roi défunt (v. 94-97) nous paraît s'appliquer à merveille aux fondations pieuses de Charles VIL

En tête de la sottie est une ballade sans envoi, puis les sots (car les gens nouveaux sont des sots, ce que n'ont remarqué ni Magnin, ni Fournier) exposent leur programme ; ils le développent en plusieurs couplets, tous terminés par ce refrain v .^^ ^^ ,, _

Ainsi serons nous gens' ifotiveàTiïx. 53 XUSâVUr

Les anciens ont rendu la tâche difficile à leurs suc- cesseurs, car ils ont tout donné, tout dépensé; mais les nouveaux gouvernants s'appliquent à mieux faire.

Le Monde entre en scène, et les trois sots lui font de belles promesses. Il leur expose gravement ses do- léances : il demande l'ordre, la paix, la tranquille jouissance de ses biens. Les gens nouveaux ne le laissent pas achever. Ils se chargent de le protéger;

. 2'il Jùm-nàlctés' Savants, 1858, p. 418.

1EI2. Le Théâtre français avant la Renaissance, p. 68.

DES GENS NOUVEAULX I I 5

mais il leur faut de l'argent. Sans attendre la réponse, ils forcent le Monde de les suivre pour le loger en lieu sûr, et ils le mènent d'abord à Mal, puis de Mal en Pire, c'est-à-dire qu'ils conduisent toute chose « de mal en pire ».

La moralité de la pièce est facile à déduire, car elle est malheureusement de tous les temps. On dit aujour- d'hui en style trivial : « Plus cela change, plus c'est la même chose. »

Notre sottie est probablement parisienne ; elle ne contient, du reste, aucun nom géographique qui nous permette de l'affirmer. L'emploi de vers à queue annuée ' dans deux des couplets récités par le Monde (v. 246- 262 ; 323-334) semble seulement indiquer que l'auteur appartenait au nord de la France. Cet auteur était sans doute un bazochien. Non seulement la leçon morale qu'il nous donne révèle des tendances plus élevées que les tendances ordinaires des Joueurs de farces, mais les expressions unde locus (v. 108), « se reclamer » (v. 279) et « entrer en court » (v. 282) sont empruntées au lan- gage juridique. Ajoutons que le poète, suivant l'usage des clercs, ne manque pas de décocher des traits sati- riques contre les avocats (v. 44), les sergents (v. 52) et les procureurs (v. 57).

Nous avons revu avec soin le texte de la pièce sur l'édition ancienne et rétabli trois vers (233-235) qui avaient été omis par les précédents éditeurs.

I . Sur cette sorte de vers, voy. L'Art et Science de rhétorique imprimé sous le nom de Henry de Croy {Poésies gothiques, i832, fol. biij).

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pp. 232-248.

c. Fournier, Le Théâtre français avant la Renais- sance, pp. 68-73.

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BIBLIOGRAPHIE

a. Fxrce nouuelle || moralisee des || gens nou- ueaulx qui mengent le mon || de, & le logent de mal en pire, a quatre |( personnaiges. Cestassauoir. || C. Le premier nouueau. j] f[ Le second nouueau. || <[ Le tiers nouueau.ll C Et le Monde. ^ Finis. ^ Farce nouuelle moralisee des \\ gens nouueaulx qui men \\ gent le monde, et le 11 logent de mal \\ empire. S. l. n. d. [Lyon, en la maison de feu Barnabe Chaussard, vers 1548], in-4 goth. allongé de 6 ff. de 48 lignes à la page pleine, impr. en grosses lettres de forme, sign. A par 4, B par 2.

Au titre, un grand F initial, orné de rinceaux, et deux petits bois disposés côte à côte : i" L'arche de Noé; Un berger gardant ses moutons. (Voy. la reproduction ci-contre.)

Au v" du dernier f., 4 petits bois, disposés deux à deux et séparés par un double filet : Une monnaie représentant la Vierge, avec cette légende : Protège Virgo Pi:{as;

Un roi et une reine devant lesquels jouent deux enfants;

Un pape entouré de ses cardinaux (cette figure se retrouve en tête d'une édition de la Moralité ou Histoire rommaine d'une femme qui avoit voulu trahir la cité de Romme, édition qui porte le nom as feu Barnabe Chaussard et la date de 1548);

Un revers de monnaie représentant une aigle à une tête

avec cette légende : Michael Ant. Marchio Salutiaru.

., . , .^ . C. 20. e. i3. Musée britannique, r-û

b. Viollet-le-Duc, Ancien Théâtre français, III, pp. 232-248.

c. Fournier, Le Théâtre français avant la Renais- sance, pp. 68-73.

«

FARCE NOUVELLE MORALISEE DES GENS NOUVEAULX

QUI MENGENT LE MONDE ET LE LOGENT

DE MAL EN PIRE

A quatre personnages, c'est assavoir : Le premier Nouveau, Le second Nouveau Le tiers Nouveau Et le Monde.

Fol. Atv° Le premier Nouveau commence.

Qui de nous se veult enquérir ',

Pas ne fault que trop se démente ;

Nostre renom peult on quérir,

Com verrez, a l'heure présente.

Des anciens ne vient la sente, 5

Combien qu'ils fussent fort loyaulx.

Chascun a part soy se régente ;

Somme, nous sommes gens nouveaulx.

Le second Nouveau

A gens nouveaulx nouvel coustume ; Chacun veult veoir nouvelleté. lo

j a a parsoy

I. Si l'on veut s'enquérir de nous. Pour qui avec le sens de « si l'on », voy. n*» II [Les Menus Propos), v. 83, 87, etc.

I20 IV. FARCE NOUVELLE MORALISEE

Bien sçavons que tel l'oyson plume

Qu'au menger n'est pas invité ;

Et, pour vous dire vérité,

Nous avons noms mignons et beaulx

Pour procéder en équité ; i 5

Somme, nous sommes gens nouveaulx.

Le tiers Nouveau. Du temps passé n'avons que faire Ne du faict des gens anciens ; L'on Ta paint ou mys par hystoire ', Mais, de vray, nous n'en sçavons riens. 20 S'ilz ont bien faict, il ont leurs biens ; S'ilz ont mal faict, aussi les maulx. Nous allons par aultres moyens : Somme, nous sommesgens nouveaulx.

Le Premier. Gouverner, tenir termes haulx, 25

Régenter a nostre appétit Par quelques moyens bons ou faulx : Nous avons du temps ung petit.

Le Second.

Les vieulx ont régné, il souffit ;

Chascun doit rener a son tour. 3o

Chascun pense de son proffit,

Car après la nuyt vient le jour.

Fol. Aij Le Tiers.

Or ne faisons plus de séjour, Et avisons^qu'il est de faire.

14 a mSs

I. Ou mis en images. Cf. ce passage des Menus Propos (ci-dessus, p. 71) :

Qui vouldroit veoir le Temps jadis, On le trouveroit aux Croniques.

DES GENS NOUVEAULX 121

Le Premier.

Compaignons, i est nécessaire 35

D'aller ung petit a l'esbat

(A nouveaulx gens nouvel estât,

Puis que les gens nouveaulx nous somes),

Acquérir de bruit si grans sommes,

Que par tout il en soit nouvelles. 40

Le Second.

Faisons oyseaulx voiler sans elles, Faisons gens d'armes sans chevaulx : Ainsi serons nous gens nouveaulx.

Le Tiers. Faisons advocatz aumosniers ', Et qu'ilz ne prennent nulz deniers, 45

Et sur la peine d'estre faulx : Ainsi serons nous gens nouveaulx.

Le Premier.

Faisons que tous couars gens d'armes

Se tiennent les premiers aux armes

Quant on va crier aux assaulx : 5o

Ainsi serons nous gens nouveaulx.

Le Second,

Faisons qu'il n'y ait nulz sergeans

Par la ville ne par les champs

S'ilz ne sont justes et loyaulx "" :

Ainsi serons nous gens nouveaulx. 55

Le Tiers. Faisons que tous ces chicaneurs,

1 . Rendons les avocats charitables.

2. Nous avons déjà vu dans les Menus Propos (v. 20, p. 66) une attaque contre les sergents.

122 IV. FARCE NOUVELLE MORALISER

Ces promoteurs, ces procureurs.

Ne seignent ' plus memoriaulx :

Ainsi serons nous gens nouveaulx.

Le Premier.

Faisons que curez et vicaires 60

Se tiennent en leurs presbytaires

Sans avoir garces ne chevaulx :

Ainsi serons nous gens nouve aulx.

Le Second.

Or faisons tant que ces gras moynes, Ces gras prieurs et ces chanoines 65

Ne mangeussent plus gras morceaulx : Ainsi serons nous gens nouveaulx.

Le Tiers.

Faisons que tous les médecins Parviennent tousjours en leurs fins

Et qu'ilz guérissent de tous maulx : 70

Ainsi serons nous gens nouveaulx.

Le premier Nouveau.

Cheminons par mons et par vaulx

En pourchassant nostre aventure :

C'est droict, c'est le cours de nature.

Nostre cours dure maintenant. 73

Les anciens ont faict devant

Leurs jours; il faut les nostres faire.

Gens nouveaulx ne se doivent taire;

Car nous avons des anciens

Par succession tous leurs biens, 80

Quelque part qu'ilz soyent vertiz.

57 a prometteurs.

I. C'est-à-dire « ne signent «

DES GENS NOUVEAULX 123

Le Second.

Pour quoy ? Ne sont ilz bien partiz? Ils en avoient tant, mère Dieux !

Le Tiers. Hz sont cachez en trop de lieux, Voyre, qu'on ne sçait ou ilz sont. 85

Le Premier.

Massons qui vieilles maisons font En treuvent souvent a plains potz ; Mais, quant a nous, nescio vos *.

Le Second.

C'est ung point trop mal assorte :

Les gens vieulx ont tout emporté. 90

Hz ont fondé tant de chanoines,

Tant d'abayes, tant de moynes,

Que les gens nouveaulx en ont moins ^

Le Tiers. Que servent un tas de nonnains Que mon père jadis fonda, 95

Et cinq cens livres leur donna, Dont j'en suis povre maintenant?

Le Premier. J'en peulx bien dire peu ou tant. Que peult estre tout devenu Que nous n'avons le résidu? 100

H nous devroit appartenir.

1. « At ille respondens ait : Amen dico vobis, nescio vos, » Matth., XXV, 12.

2. On doit peut-être voir dans ce couplet et dans le suivant des allusions aux fondations pieuses faites par Charles VU. Ces fon- dations furent très nombreuses. Vallet de Viriville a indiqué sommairement diverses pièces qui s'y rapportent (Histoire de Charles F//, t. III, p. 447).

124 IV. FARCE NOUVELLE MORALISEE

Le Second. C'est faulte de sa part tenir.

Le Tiers. Or sus ! ilz sont mors, de par Dieu, Et si ne sçavons en quel lieu Estoyent leurs trésors souverains. io5

Fol. Aiij Le Premier.

Voulentiers a ses jours derrains Ung riche celé sa richesse.

Le Second. Unde locus. Mais pour quoy esse? Pour quoy n'en ont ilz souvenir?

Le Premier. Hz cuident tousjours revenir ; i lo

Mais espérance les déçoit, Et par ainsi on apparçoit Que plusieurs ont esté deceuz.

Le Second. Or prenons ung chemin : sus! sus! Chascun en son propos se fonde. ii5

Le Tiers. Il nous fault gouverner le Monde : Vêla nostre faict tout conclus ; Aux anciens n'appartient plus; C'est nous qui devons gouverner.

Le Premier. Riens ne nous vault le séjourner; 120

Allons veoir que le Monde faict.

DES GENS NOUVEAULX lïS

Le Monde. Et que sera ce de mon faict? Pour quoy m'a laissé Zephirus? Je suis tout destruit et deffaict; Tous mes biens sont a Neptunus '. i25

Jamais asseuré je ne fus, Pour ce que j'avoye espérance ; Mais maintenant je n'en puis plus : Le Monde vit en grant balance.

Le Premier. Ho ! j'oy le Monde. Qu'on s'avance : 1 3o

Il faut tirer par devers luy.

Le Second . Gardons nous de luy faire ennuy ; Traicter le convient doulcement.

Le Premier. Et puis, Monde? Comment, comment? Comment se porte la santé? i35

Le Monde. Honneur et des biens a planté Vousdoint Dieu, mes bons gentilz hommes!

Le Premier. Vous ne sçavez pas qui nous sommes ?

t3oa ho iay ouy.

I . C'cst-à-dirc : Tous mes biens sont à l'eau

120 IV. FARCE NOUVELLE MORALISEE

Le Monde. yo Ma foy, ]e. ne vous cognoys rien '.

Le Premier. Par ma foy, je vous en croy bien, 140

Monde; nous sommes gens nouveaulx.

Le Monde. Dieu vous guarisse de tous maulx, Gens nouveaulx! Que venez vous faire?

Le Second. C'est pour penser de ton affaire Et de ton estât discerner. 145

. Le Tiers. oc . Nous venons pour. te gouverner

Pour ung temps a nostre appétit.

Le Monde.

Vous y, cognoissés bien petit.. f,,, p.:, -o DieuTtanide gens m'ont gouverné Depuis riieure que Je fus né! i5o

En moy ne vis point d'asseurance: J'ay esté tousjours en balance ; Encores suis je pour ceste heure. Le peuple traveille et labeure, Et est de tous costez pillé; i55

'■- : Quant Labeur est bien tranquille,..,^.

Il vient ung tas de truandailles Qui prennent moutons et poulailles ; Marchandise ne les marchans N'osent plus aller sur les champs, 160

Et chascun dessus moy se fonde. En disant : « Mauldit soit le^ Mpr^e,! »

154 a trancille

I. On peut comparer la Farce joyeuse du Monde et des Galans, V. 421 (ci-dessus, p. 44)'^ j-rrosErsid earri euoT : OTib-Js-îso'D .:

\^^ii\.

DES GENS NOUVEAULX 1 27

J'en ay pour rétribution Du peuple malédiction : C'est le salut que Je remporte. i65

Le Premier. ^

Vous gouverne on de tel[le] sorte? Qui faict cela?

Le Monde. _ ,4

Gens envieux» B ^hn ai Qui sont de guerre curieux Et vivent tousjours en murmure, Et jamais de paix n'eurent cure. 170

Ceulx la ont mon gouvernement Sans sçavoir pour quoy ne comment, Ne a quelle fin ilz prétendent. Je ne sçay que c'est qu'ilz attendent Et ne sçay ce qu'ilz deviendront. 175

Je cuide qu'ilz me mengeront ', Fol.Aiv Se Dieu de brief n'y remédie* ^::,_c:oif: Le Second, isatuqïa

Taises vous, Monde: non feront; ^

Gens nouveaulx vous en garderont,

Quelque chose que l'on vous die. 180

Le Monde. Miià> rfuoV

Il vous court une pillerie V"°'* ^" ^^'

i65 a que iemporte 175 a Et ne scay ou que.^lz deuiendront 178 a nous feront

1. Dans notre seconde pièce le Monde se plaint également de ce qu'on veut le manger :

Ce sont trois povres engelés -mab eat r , Qui me veulent manger toult cru. ,

(Voy. ci-dessus, p. 40, v. 362-366.)

2. La même expression se trouve dans la pièce suivante (v, 14) :

Y ne court plus que pillerie. On peut rapprocher de ce passage, tant pour le fond que pour

128 IV. —PARCE NOUVELLE MORALISEE

Voyre, sans cause ne raison.

Labeur n'a riens en sa maison

Qu'ilz n'emportent : vêla les termes,

Et si ne sont mie gens d'armes i85

Qui soyent mys a l'ordonnance,

Servans au royaulme de France :

Ce ne sont q'ung tas de paillars,

Meschans, coquins, larrons, pillars.

Je prie a Dieu qu'i les confonde! 190

Le Tiers.

Paix! Nous vous garderons, le Monde, Et vous deffendrons